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placement Nature de la conscience - Nature de l'esprit ?
L'Expérience de Mort Imminente à la croisée des chemins

par Jocelyn Morisson, journaliste scientifique


Résumé : L'Expérience de Mort Imminente (EMI), médiatisée depuis quelques années, reste un « ovni » scientifique. Elle pose la question de la nature de la conscience, et plus encore celle de l'inconscient. Elle interroge surtout la réalité de l'esprit, au sens d'une nature spirituelle de la conscience humaine. Le vécu transcendant évoqué dans tous les témoignages ne peut se réduire au concept d'hallucination. Pour autant, l'EMI ne prouve nullement l'existence de l'âme ou de l'esprit au sens religieux, ni d'une forme de survie à la mort physique. Sa parenté avec l'expérience mystique en fait un objet au-delà du religieux qui nous oblige à y confronter nos conceptions métaphysiques et spirituelles.



Quelles questions pose la NDE (1) aujourd'hui ? Après plusieurs décennies de médiatisation, que savons-nous du phénomène EMI, l'expérience de mort imminente, cet état modifié de conscience si profond et si puissant qu'il laisse un souvenir impérissable à qui le traverse, l'éprouve ?  Car c'est une épreuve. Elle est sublime, ineffable, indicible, au-delà des mots et des concepts. Elle laisse émerveillé et décontenancé, perdu et retrouvé à la fois ; elle laisse tellement en décalage avec les « valeurs » de notre civilisation, nos modes de vie, que plus d'un « expérienceur » (2) peine à retrouver, sinon sa place, au moins une place parmi les prétendus-vivants.
Gurdjieff disait que nous dormons, somnambuliques et quasi déjà-morts. L'EMI est un éveil, comme les autres états modifiés de conscience profonds. Un éveil à une autre réalité qui « dépasse » de tellement loin celle-là, l'ordinaire, qu'elle la transcende naturellement, évidemment. Elle transcende l'espace et le temps, nos modes de perception, d'analyse, de connaissance' C'est une évidence y compris à qui n'y « croyait » pas, avant. Et la première difficulté sera de mettre tout cela en mots, car c'est forcément une trahison.
Ayons le courage, à partir de ce que nous pouvons en savoir et en comprendre, de l'extérieur, de regarder en face ce qu'interroge en nous cette « expérience », et les raisons de sa difficile intégration dans nos modèles.

Là où les états modifiés de conscience, ou EMC (rêve, hypnose, transe, méditation, etc.), posent la question de la nature de la conscience, sa relation à cette interface ou ce générateur que serait le cerveau, l'EMI va quant à elle plus loin en posant clairement la question de la nature spirituelle de cette conscience, et donc de l'homme. Car l'expérience est profondément et essentiellement spirituelle, ou mystique. En aucun cas en revanche on ne peut la qualifier d'expérience religieuse. Il s'agit là d'une nuance d'importance, étant précisé que la notion de mystique dépasse celle de religion. Ainsi une expérience mystique peut se dérouler dans un cadre religieux ou non.
On peut en effet rapprocher l'EMI des états d'extases mystiques, mais outre qu'elle est bien plus rare, l'extase survient dans un contexte de foi religieuse profonde alors que l'EMI arrive à des gens, a priori, « ordinaires ». L'extraordinaire commence alors qu'ils sont inconscients, en état de mort clinique et/ou cérébrale'
Voyons d'abord en quoi l'EMI interroge notre connaissance et surtout notre conception de la conscience, avant d'adresser le point, ô combien plus délicat, de la composante profondément spirituelle de l'expérience.


HORS DU CORPS: UNE AUTRE DIMENSION? 

Cette conscience, qu'est-elle ? Passons les définitions académiques pour s'accorder sur des choses simples, disons de première analyse.La conscience est la somme de ce par quoi nous sommes présents au monde ; la somme de nos sensations, perceptions, émotions et pensées. Le tout interagissant sans cesse, et les auteurs s'entendent pour y ajouter ce qui fait également notre identité mais qui reste méconnu : l'inconscient. Le choix des mots prête à confusion mais disons que le terme d'inconscient s'oppose alors à conscient et non à conscience.
Lors d'une EMI ou d'un phénomène du même type, le « sujet » - nous verrons que ce terme devient inadéquat ' se découvre d'abord « hors de son corps ». C'est-à-dire qu'il perçoit la scène dont il est le protagoniste ' inconscient en apparence et donc passif - depuis un point de vue extérieur à son corps, au-dessus de celui-ci, généralement au plafond s'il est à l'intérieur d'une pièce. Il a parfois même du mal à réaliser que ce corps est bien le sien, tant il se sent littéralement « détaché » ce cette contingence physique, alors même qu'il semble conserver toute son intégrité psychologique. Il est alors conscient et lucide, dans une situation « normale » dont il mesure peu à peu l'étrangeté. Cette première impossibilité relativement à la conception en vigueur, ne doit cependant pas retenir à elle seule l'attention, car il y a bien plus, même à ce stade'
Les centaines de témoignages recueillis, analysés, décortiqués par des professionnels de santé, des universitaires, anthropologues, psychologues, etc., ont permis de dégager les traits communs, et les « variables ». Un de ces éléments récurrents et qui mériterait à lui seul une très longue analyse, c'est le rapport au temps' et à l'espace. C'est simple : ils n'existent plus. La conscience (qui est alors un « point de vue ») se trouve « en tous points de l'espace » simultanément et le temps ne s'écoule plus, comme figé. En outre, le « champ de vision » s'étend sur 360° et certaines images apparaissent comme inversées ! Il est bien connu que de nombreux psychotropes et hallucinogènes altèrent notre perception de l'espace et du temps, c'est également le cas dans certaines pathologies, les « psys » ont donc eu tôt fait de ranger l'EMI parmi les « désordres mentaux» (de mental disorder), dans la case des psychoses hallucinatoires de type dissociatif' La situation a légèrement évoluée depuis et l'EMI n'est plus classée parmi les états pathologiques.
En effet, dans l'EMI les perceptions ne sont pas altérées, elles sont au contraire parfaitement claires, plus que jamais en l'occurrence, et bien que les règles soient totalement modifiées. Ainsi, tout se passe comme si la conscience évoluait alors dans une « dimension supplémentaire » à nos quatre dimensions habituelles (trois dimensions spatiales plus une temporelle). Je ne saurais conseiller meilleure lecture à ce sujet que la présentation de cette hypothèse par le Dr Jean-Pierre Jourdan qui en est l'auteur (3). En résumant grossièrement, l'exercice intellectuel requis est une analogie avec le passage d'une perception 2D à une perception 3D. En effet, imaginons la perception qu'un être à deux dimensions ' comme un ver infiniment plat - a d'une feuille de papier (infiniment fine) sur laquelle il se trouve : il doit l'explorer dans sa totalité pour en percevoir tous les points, les uns après les autres. Mais si ce ver s'élève dans la 3ème dimension, et donc perpendiculairement à la feuille, il perçoit tous les points de la feuille, simultanément.
Un esprit cartésien se trouve à ce point déjà bien déconcerté ; ça se complique pourtant singulièrement avec notre 4ème dimension, le temps. En effet cette hypothétique dimension supplémentaire (la 5ème) englobe aussi le temps, de sorte qu'il devient une simple dimension spatiale de plus, une « ligne » que la conscience peut parcourir instantanément.
C'est d'ailleurs ce qu'elle fait ' vers le passé ' à travers l'épisode de la « revue de vie », une autre composante majeure de l'expérience. La personne voit alors sa vie défiler, dans tous ses détails, mais ' lui semble-t-il - instantanément ! Moins fréquents sont les témoignages mentionnant une perception d'événements futurs'


PAR-DELÀ L'OBJET ET LE SUJET

Mais non contente de se « situer » hors espace-temps, la conscience est capable de bien d'autres prouesses.
Les chausse-trappes de l'interprétation sont multiples, aussi il faut tâcher de coller d'aussi près que possible aux témoignages eux-mêmes. Un autre élément très troublant que l'on retrouve dans nombre d'entre eux, est la capacité de la conscience à s'identifier à ce qu'elle observe, de sorte « qu'on devient ce que l'on observe », de là naît la sensation de faire Un avec Tout. Notons au passage qu'il s'agit d'un concept central et fondateur des spiritualités hindouistes et de leurs dérivés.
Une conséquence immédiate est que la notion de perception objective devient caduque : le sujet devient l'objet perçu, il ressent ce que l'objet ressent (s'il s'agit d'un être vivant), il connaît son histoire, il peut percevoir sa forme jusque dans les moindres détails, y compris microscopiques, puisque la perception change tout aussi aisément d'échelle, vers l'infiniment petit ou l'infiniment grand... Il faut là aussi noter une analogie forte avec certaines descriptions de transes ou d'états méditatifs au cours desquelles le « voyageur » accède aussi bien aux confins de l'univers qu'à la structure intime des atomes, ou encore pénètre l'esprit d'un animal au point de devenir celui-ci.
Il est fondamental d'insister sur cette abolition du rapport sujet/objet. En effet, le sujet étant la conscience et cette dernière incluant l'inconscient, l'ensemble des « perceptions » dont l'expérienceur se souviendra ensuite, mêle des éléments objectifs (perceptions d'objets réels, lecture de mots et de chiffres) à des éléments dits subjectifs, dans lesquels la personne projette son « moi », et en particulier ses peurs et fantasmes.
Il faut ajouter dans la part objective de la perception, la possibilité maintes fois évoquée de pouvoir lire les pensées des personnes présentes. De nombreux témoignages ont permis d'établir qu'il y avait eu acquisition d'information réelle par le biais d'un moyen non conventionnel.
On est déjà submergé par tant d'impossibilités relativement au modèle matérialiste, mais jusqu'à quel point ce modèle est incomplet ou même faux, cela est incommensurable.
Convenons que le terme « hallucination » appliqué à ce genre de phénomène, est non seulement un raccourci simpliste, mais surtout ne dit rien du ou des mécanismes en jeu, et réfute purement et simplement l'aspect objectif des perceptions au motif que ces témoignages, même dûment étayés, recoupés et enquêtés, ne constituent pas une Preuve au sens scientifique. Un témoignage ne sera au mieux qu'une « preuve faible ».
Pour autant, si l'on s'en tient aux définitions, est objectif ce qui est « hors de l'esprit », ce qui est identique quel que soit l'observateur. Or on a dans l'EMI des constantes identiques quel que soit le témoin et c'est précisément ce qui valide l'expérience comme objet scientifique. Nous verrons que la difficulté à « considérer » scientifiquement un tel objet provient de la composante essentiellement spirituelle de l'EMI.

Les rares fois où des expériences scientifiques ont pu être menées sur ces « sorties du corps », avec des résultats inégaux mais bel et bien des cas de perceptions avérés (4), il s'est trouvé des incrédules mal inspirés pour faire l'hypothèse que les informations avaient pu être obtenues par « voyance ». N'est-ce pas là un faux problème ? Si la conscience peut d'une manière ou d'une autre s'extraire de l'espace-temps, s'affranchir de ses contraintes, n'est-il pas logique de faire l'hypothèse que les phénomènes de voyance, pré et rétro-cognition, procèdent des mêmes mécanismes que ceux mis en jeu lors d'une sortie du corps ?

Pour être convaincu que la conscience est d'une nature bien plus vaste que la conception matérialiste en vigueur, l'indécrottable sceptique devra en faire l'expérience directe, par lui-même, la seule qui vaille d'ailleurs. Bergson enjoignait à croiser les résultats de l'approche objective de la science et ceux de l'exploration subjective du mysticisme. Mais on peut aussi tenter d'objectiver l'expérience mystique, en partie seulement. Le raisonnement qui intègre les limites de sa propre objectivité reste valide jusqu'à devoir céder la place à l'autre mode d'appréhension du monde : l'expérience directe, analogique. C'est le propre de la méditation dont l'objet est d'accéder au « sans-forme », pure conscience sans mots ni images, et ce par la mise en sommeil des sens, des émotions et des pensées. En parvenant ainsi à s'observer lui-même, le méditant constate que ce qui observe est alors son « esprit », son essence-même, mais gardons ici le terme conscience entendu comme dépassant et englobant le concept de « moi » ou d'ego'


DES APPARENCES CHARGÉES DE SENS

Depuis qu'on se penche sur l'EMI, on n'est guère capable de se redresser pour en avoir une vision globale. Pas de modèle de conscience, pas de théorie physique autre qu'alternative pour intégrer dans le champ de la raison ce qui semble la dépasser, la transcender. L'au-delà de la raison et de l'humain, soit le divin. C'est à cela que touche celui qui s'approche si près de la mort qu'il entre dans la lumière, c'est-à-dire le contraire de la mort. Après la décorporation, l'expérienceur se trouve en effet irrésistiblement attiré par un point de lumière qui grandit, pour arriver finalement « dans » cette lumière. C'est là la phase dite transcendantale de l'EMI, elle aussi d'un réalisme sidérant, plus fort qu'à l'ordinaire. Attention, on touche au divin mais à peine, nous dit le bouddhisme qui met ici en garde contre les conclusions hâtives, celles auxquelles nous a tellement habitué notre logique dite du tiers exclu (« De deux choses l'une.. »). Tout n'est pas yin ou yang, tout est yin et yang, objectif et subjectif, réceptif et projectif tout à la fois. Notre « inconscient », cet inconnu, existe dans cette dimension-là qu'atteint l'expérienceur ; comme dans le rêve, on y projette ce qu'on est, son « moi » ; impossible de tricher. Le langage est celui du symbole. On est toujours au-delà de l'opposition sujet/objet comme dès la sortie du corps quand on « devient » ce que l'on observe, et l'expérienceur découvre un environnement que son inconscient « construit », au sens qu'il lui « donne forme ». Mais tout y est signifiant et bien au-delà de l'état de conscience ordinaire, comme un rêve extra-lucide, et surtout comme si la conscience et son environnement n'était qu'un même « continuum ». C'est ce sens qui prime et ce vécu-là est aussi au-delà des images, il est du ressenti pur traduit, projeté en images car notre conscience, celle de l'homme ordinaire, ne peut intégrer un mode de perception sans forme. C'est pourquoi s'arrêter à la forme est trompeur et voir dans l'EMI une illusion c'est d'abord nier le sens de ce vécu.
Le méditant recherche lui le « sans-forme », le règne de la conscience pure. Il y accède en traversant des niveaux (« de conscience ») qui sont dûment hiérarchisés dans le bouddhisme comme dans les nombreux courants regroupés sous le terme d'hindouisme. Il est tout a fait intéressant pour le lecteur occidental de témoignages d'EMI-NDE de connaître ce qu'en dit le bouddhisme, en particulier dans le Livre des Morts Tibétain ou Bardo Thödol (5). Selon cet enseignement, l'expérienceur n'atteint que le premier niveau de cette hiérarchie subtile. Les apparences sont trompeuses, avant tout dans l'existence physique : nos sens nous trompent et nos pensées, qui en découlent, aussi. Notre perception de la réalité est erronée et si beaucoup parmi nous sont prêts à accepter ce « postulat » - par lequel le bouddhisme rejoint une métaphysique « quantique » - l'autre piège serait en effet de tomber dans une sorte d'excès inverse qui consisterait à prendre la moindre « vision » pour la véritable et seule réalité. Celui qui meurt à cette vie-là est appelé à reconnaître en ces visions les projections de son mental-ego. Il doit les dépasser pour aller au-delà de la forme, vers la conscience, l'énergie primale, qui est aussi la lumière.
Le fait que cette lumière soit l'énergie primale, ou fondamentale, est d'emblée vécu par l'expérienceur comme une évidence. Sa force aimante est telle qu'elle ne laisse aucune place au doute. La phase « lumineuse » prend fin quand une barrière est ressentie, un point de non retour qu'un « guide », familier ou non, enjoint à ne pas franchir en affirmant que le temps n'est pas venu. Le retour dans le corps est alors brutal.


L'EMI VUE PAR LE BOUDDHISME

Très présents en France compte tenu du succès du Dharma (« la voie du milieu »), certains lamas et rinpotchés ont été pressés de questions quant à leur interprétation de l'EMI, si spectaculaire aux yeux des occidentaux. Il faut de nouveau mentionner leur insistance à ne pas se laisser abuser par la forme, qui n'est qu'apparence. Ils citent un exemple en particulier : au cours de cette phase lumineuse, les expérienceurs relatent souvent leur rencontre avec un ou  plusieurs proches défunts, lesquels se présentent à eux sous des âges divers, mais sont toujours identifiés par le témoin. Selon le bouddhisme, les défunts disparus depuis longtemps devraient être réincarnés, donc ils ne peuvent pas être là ! (6)  Le Bardo Thödol décrit les « niveaux » que doit traverser l'âme du défunt jusqu'au sans-forme, en identifiant clairement le premier niveau suivant la dimension physique (« plan astral » des ésotéristes) comme le lieu de la projection des pensées, des tourments et des interrogations. Un témoin parle de « palier des affinités » pour évoquer le bilan psychologique et émotionnel du sujet au moment de l'expérience (7). Ces pensées prennent forme, elles se matérialisent pour être littéralement affrontées par la conscience, c'est pourquoi la peur extrême peut engendrer une expérience très négative. Difficile alors de dire si l'expérienceur rencontre réellement des proches, s'il « projette » la scène ou encore s'il rencontre comme une trace ou un « corps subtil » du parent décédé, éternellement présent dans cette dimension-là. D'autant que le bouddhisme situe tout de même cette dimension hors espace-temps. On se heurte ici aux limites de nos conceptions et de nos modèles : si le temps ne s'écoule pas dans cette dimension, comment peut-on y être puis ne plus y être, à un moment donné' ? Pour compliquer le tout, plusieurs témoignages d'EMI font état de rencontre avec des proches décédés, mais dont l'expérienceur ignorait l'existence, pour cause de secret familial'
Constatons pour finir que l'action du poil-à-gratter bouddhiste est ici d'autant plus amusante que la notion de réincarnation est une aberration dans notre culture, et de surcroît l'objet d'un profond malentendu. Elle est vue chez nous comme une chance et une bénédiction, celle de pouvoir revenir, revivre ; or pour le bouddhiste elle est un échec et une condamnation car le but de la vie est de parvenir à l'éveil, justement afin de briser le cycle des réincarnations, lui-même alimenté par la loi du karma. Intéressants regards croisés de deux cultures sur ce qui serait une bénédiction selon l'une, à laquelle elle ne croit cependant pas, et une malédiction selon l'autre, à laquelle elle croit depuis toujours. (8)


L'APPROCHE SCIENTIFIQUE

Notre inconscient occidental, qui recèle tant de mystères, nous relie-t-il ce que les traditions appellent l'esprit ? En quoi le cerveau est-il impliqué dans cette affaire ? Voilà des questions pour les sciences du XXIème siècle. Et surtout le défi de rattraper de lourdes erreurs telle la scission de la psychologie et de la psychanalyse au début du XXème siècle, qui laissa de côté une recherche en parapsychologie très bien intégrée au champ de la psychiatrie et de la psychologie. La naissance de la psychanalyse s'est ainsi faite en rupture avec « l'occultisme », et ce malgré l'intérêt certain que lui portait Freud. L'hypnose, le somnambulisme (voyance), le magnétisme, étaient alors étudiés par les sommités de la science. Aujourd'hui, la psychanalyse et ses multiples écoles, y compris jungiennes, continuent de sonder l'inconscient de nos contemporains, sans la moindre considération pour le corpus de la parapsychologie scientifique qui est pourtant une excellente matière première (9). Il faut dire que certains puristes voient avant tout en la psychanalyse une pratique et non une théorie de l'inconscient.
De même, la psychologie s'est peut-être trop concentrée sur le pathologique, quand elle ne l'a pas fabriqué malgré elle, et n'a certainement pas assez poussé ses investigations du côté des états non ordinaires de conscience vécus par des personnes en parfaite santé psychologique. Exception notable, les recherches conduites sur les substances hallucinogènes à partir des années 60, en particulier aux Etats-Unis où elles ont littéralement explosé dans l'euphorie de la contre-culture, pour finir par se décrédibiliser en partie. Un courant a cependant émergé, celui de la psychologie transpersonnelle fondé par le psychiatre d'origine tchèque Stanislas Grof. C'est d'abord le LSD qui a été l'outil de ces « sondages d'inconscient » qu'opéraient alors, sur d'autres mais aussi et surtout sur eux-mêmes, les chercheurs de l'époque. Ils ont découvert avec stupéfaction que Freud avait vu juste mais certainement pas assez loin.

Les expériences mystiques, l'expérience de mort imminente, la transe, font partie de ces états non pathologiques, désormais reconnus comme tels. Ils sont très proches est c'est essentiellement le contexte inducteur qui les qualifie.
L'EMI fait entrer le sacré, le mystique, le divin dans le champ de l'investigation pluridisciplinaire. Les neurosciences, un collectif de disciplines encore neuf, s'intéressent dans certains cas aux états modifiés de conscience. Transes, extases, états contemplatifs, autant de conditions extrêmes que la science appréhende avec circonspection pour les ranger désormais dans « les formidables capacités du cerveau », notamment à s'auto-suggestionner. Comme s'il s'agissait là d'une explication rationnelle. Faut-il rappeler que l'on n'a pas la moindre idée des mécanismes qui permettent de rêver, que nos outils permettent d'étudier des activités électriques, magnétiques, ou thermiques, mais qu'on est loin de comprendre par exemple comment une image interne est générée et perçue. Dans ces domaines, la science doit avant tout faire preuve d'une grande humilité, et ne négliger aucune source d'information ni aucune hypothèse.


L'EMI, UNE EXPÉRIENCE MYSTIQUE?

Il est inévitable de rapprocher l'EMI de l'expérience mystique. Si l'on prend la liste des composantes d'une expérience mystique telle qu'établie par Hood en 1975 (d'après Stace, 10), on trouve les caractéristiques suivantes : perte du sens de soi tout en maintenant la conscience. Qualité unifiante: expérience d'un sentiment profond d'unité à travers la multiplicité des objets perçus. Subjectivité internedes choses. Altération qualitative de perception spatio-temporelle : l'expérience se situe hors du temps et de l'espace. Qualité noétique : l'expérience est une source de connaissance. Une expérience non-rationnelle, intuitive, « insightful », qui n'est pourtant pas perçue comme uniquement subjective. Caractère ineffable : impossibilité d'exprimer l'expérience en langage conventionnel. L'impossibilité provient de la nature de l'expérience et non pas des capacités linguistiques de la personne. Affects positifs : l'expérience est accompagnée d'une qualité subjective positive. Qualité religieuse : l'expérience est dotée d'un caractère intrinsèque sacré. Sens du Mystère, de la crainte (au sens de frayeur sacrée ' voir Otto, 1917), de la révérence, etc.
On ne peut que constater que tous ces éléments correspondent point par point aux retours d'expériences d'EMI. Est-ce que ça ne qualifie pas l'EMI en tant qu'expérience mystique ? En réalité, la seule nuance que l'on peut trouver est la qualité « religieuse », mais c'est bien là l'élément discriminant, hautement signifiant.
En effet, la qualité que l'expérienceur donne plus volontiers à son vécu est « spirituelle », et non religieuse. Au sens que ce vécu n'est pas marqué par une imagerie, des signes, un vocabulaire ou une morale religieuse particulière, sans parler des valeurs de type dogmatique qui sont qu'on le veuille ou non ce que les religions donnent à voir, et à croire, d'elles-mêmes avant toute autre chose. Il en va naturellement autrement de leurs versants mystiques ou « ésotériques ». Attention, l'EMI peut tout de même comporter des éléments du registre religieux (des « anges », ou même « Jésus » sont parfois rencontrés') mais le ressenti global se situe lui, une fois de plus, au-delà du concept religieux. Et ce parce que dans l'EMI la foi n'est pas à l'origine de l'expérience. Elle va intervenir dans le contenu mais elle n'est pas l'élément déclencheur, inducteur, ni une condition nécessaire. On objectera que l'expérience mystique ne survient pas uniquement dans un contexte de foi religieuse intense, elle peut au contraire en être la source. Il semble qu'une forme « d'aspiration » à Dieu doive tout de même pré-exister. Si les contenus rapportés sont en revanche très proches, on peut faire l'hypothèse que la foi profonde du croyant l'amène à dépasser la conception « vulgaire » du sentiment religieux, telle qu'évoquée plus haut, pour se fondre dans la même expérience océanique que lors d'une EMI.


UN OVNI SCIENTIFIQUE

Tout comme l'extase mystique, l'EMI est une sorte d'ovni scientifique. Elle n'apporte aucune preuve, contrairement à ce qu'on veut lui faire dire, mais se présente comme une épine dans le pied du schéma réductionniste. Le vécu est subjectif en apparence mais le récit peut être objectivé, quantifié et qualifié, comme n'importe quelle expérience psychologique. L'aspect quantitatif est majeur parce qu'il donne à l'EMI son caractère d'objet scientifique en soi,  puisqu'à la différence des expériences mystiques l'EMI n'est pas déclenchée par la foi ou l'adoration. Sauf qu'il était bien commode pour la médecine de voir en l'extase un état extrême, auto-suggéré par une attente, une espérance née d'une foi intense. L'EMI vient déjouer ce schéma parce qu'il n'y a aucune attente de la part de l'expérienceur, mais une induction qui est l'imminence de la mort, au sens de la cessation de fonctionner de l'organisme. L'attente peut être inconsciente mais elle relèverait alors d'un inconscient collectif, ce qui ne fait que déplacer le problème. Comment en effet interpréter autrement les EMI vécues par de très jeunes enfants, parfois des nourrissons qui ne verbaliseront leur vécu que bien plus tard ?
Si ce n'est pas l'espérance d'un ailleurs lumineux qui provoque l'EMI, elle a toutefois nécessairement à voir avec son déroulement. Mais l'EMI reste avant tout un objet scientifique mal identifié parce que le cadre conceptuel ne fait aucune place à la transcendance. Le modèle en vigueur s'est affranchi de cette notion puisqu'il se suffit à lui-même, en dépit de toutes les failles qu'il présente.  Il n'en va pas de même sur le terrain de la recherche car ceux qui traquent la conscience dans le cerveau savent que des stimulations du cortex bien placée au niveau du lobe temporal droit provoque des effets curieux, et gradués : le surgissement de souvenirs enfouis, l'impression de quitter son corps, puis des sentiments mystiques' (le tout avec une intensité nettement moindre que lors d'une EMI) (11) En conjuguant les approches et les connaissances des neurosciences et des sciences humaines, les sciences de la cognition, ou sciences de la conscience, sont amenées à ne plus exclure a priori qu'une réalité psychique puisse transcender la réalité ordinaire (c'est-à-dire procède d'un ordre supérieur).


L'AMOUR COMME VOIE

L'état modifié de conscience profond, l'EMI, c'est l'intuition à la puissance dix mille, le savoir fulgurant et immédiat. L'accès à la compréhension globale, analogique, de la réalité, y compris dans ses aspects multiples et trompeurs. Ce travail globalement effectué par notre cerveau droit et que nous avons presque complètement désappris au profit du cerveau gauche, celui qui analyse, décode et interprète. L'EMI abolit les limites du temps et de l'espace. On « est » partout à la fois, sans notion de durée, et on ne fait qu'un avec tout. Tous les repères sont brisés, toutes les certitudes balayées, et pourtant tout ça fait plus SENS que jamais. Pour un instant qui est aussi bien une éternité, tout est clair, lumineux, beau, joyeux et solennel à la fois. Tout est simplement démultiplié, les sensations, les sentiments, les pensées' La conscience semble « étriquée » à son retour dans le corps physique, c'est là aussi une constante des témoignages ; elle perd une sorte d'ubiquité et d'omniscience qui lui semblait alors être sa véritable nature.
Comment ceux qui vivent cette expérience appellent-ils cela ? Ils l'appellent Amour, tout simplement. Ce mot qui désigne ce qui depuis toujours échappe au champ de la raison, puisque le c'ur à les siennes' Dans nos civilisations, ce domaine ressortit à la sphère privée et son évocation est réservée à l'art, la littérature ou la poésie. La science n'y peut rien connaître, ce sentiment est subjectif, il n'est pas de son ressort et elle n'aborde ce sujet qu'indirectement, via les mécanismes psychologiques, comportementaux, hormonaux, etc. Voilà un gros handicap pour l'EMI. La projection hors du corps, passe encore, mais l'Amour, alors là !
Car il s'agit bien d'amour avec un grand A, mais il va falloir s'entendre sur l'usage de ce terme.
Dans une inévitable idéalisation de l'EMI, on a rapidement fait d'elle l'expérience ultime d' « ouverture de la conscience », de transformation de l'individu pour le meilleur, désormais capable d'exprimer l'amour inconditionnel, etc. En réalité, « l'amour » éprouvé au cours de l'expérience ne se retrouve pas systématiquement ensuite, loin s'en faut, dans le comportement ou les attitudes d'un expérienceur. Celui-ci se trouve tout de même avant tout face à la difficulté majeure d'exprimer, et d'intégrer, un vécu auquel il attribue des qualités qui lui valent une étiquette de « délirant » dans le cadre du modèle dominant. Revenu à son quotidien,  il peut se « radicaliser » et constater éventuellement qu'il ne pourra retrouver un peu de cette paix intérieure qu'au prix d'un certain nombre de ruptures : l'activité professionnelle, les « valeurs », mais aussi l'entourage, les proches, la famille'


LA CONNAISSANCE COMME FIN

Cette histoire d'amour est donc à double tranchant et peut être faut-il renoncer à identifier l'amour ressenti dans l'EMI avec le sentiment que nous connaissons ici-bas. De fait, aux dires des témoins, il est « démultiplié » dans l'EMI ; mais si l'on s'attarde sur les récits, ce sentiment, qui est aussi une sensation - celle de la fusion - est de plus étroitement liée à une troisième notion : la connaissance. L'expérienceur a cette certitude, à un certain point de son parcours, qu'il peut accéder immédiatement à toute information, que toute question trouve réponse avant même d'être formulée, que le savoir dans son ensemble lui est offert pour peu qu'il sache interroger.
On a ainsi comme trois niveaux successifs de plénitude : physique, émotionnel, intellectuel, dont on constate à quel point ils sont intimement liés. La sensation de faire un avec le tout, d'être à la fois cette partie et cette totalité, d'une totale interdépendance des êtres et des choses' N'est-ce pas la manifestation fantasmée de l'amour ? De là naît l'hypothèse que cette sensation fusionnelle se traduirait sur un plan émotionnel par un amour infini et inconditionnel, et sur un plan psychique par la certitude de tout comprendre, de connaître l'alpha et l'omega de l'existence. Un savoir qui disparaît brutalement au réveil dans le corps, qui échappe à la mémoire. C'est qu'il n'est pas possible de l'intégrer à notre niveau de conscience ordinaire, la raison ne le supporterait pas ! Ainsi amour et connaissance seraient en quelque sorte consubstantiels, manifestations d'une même plénitude vécue lors de cet état modifié de conscience. Une plénitude qui apparaît en même temps comme le potentiel que recèle notre être profond.

En résumé si on prend le témoignage de l'expérienceur au pied de la lettre, il y a une lumière d'amour, de connaissance et de sagesse, une énergie plus forte que tout ce qu'on connaît ici-bas, à laquelle on accède seulement lors d'un état de conscience extrême et qui se révèle alors comme étant l'environnement « naturel » de notre être profond, notre conscience ou notre esprit selon qu'on ait plus ou moins peur des mots. Mieux, cette énergie se révèle être notre nature-même et nous lie aux êtres et aux choses avec lesquels nous comprenons être interdépendants, toutes manifestations d'une même cause.
Soulignons qu'un témoignage n'est que la verbalisation du souvenir d'un ressenti, survenu lors d'un état d'inconscience. Et pourtant,même au travers de ces filtres dégénérateur de sens, un parfum d'absolu diffuse... L'expérienceur fait aussi passer la réalité de son vécu par des accents de vérité et l'évidence d'une rupture, qui ajoutent alors au déclaratif. Au bout de celui-ci, l'Amour est la valeur centrale, absolue, et le chemin de la Connaissance.

Dès lors, quand bien même tout cela ne serait qu'une « hallucination », au sens de rêve ou d'illusion, elle est tout de même porteuse d'une transcendance. En effet, pourquoi le cerveau recèlerait-il en lui cette ultime cocktail neurochimique qui propulse dans les sphères pour une expérience cosmique hors du commun ? A quoi bon proposer/imposer ce stupéfiant voyage à notre conscience, cette intense illusion, avant une transition vers ce qui est supposé n'être qu'un néant ? Et pourquoi donner l'illusion d'un voyage plus réel encore que la réalité que l'on quitte ? Un ultime pied-de-nez de l'évolution gouvernée par le « hasard »' ? Comment le cerveau de l'homme a-t-il pu développer une telle faculté de tromper à ce point la raison qu'elle puisse croire un instant qu'il y a quelque chose qui la dépasse ? (12) N'est-il pas rationnel d'envisager sérieusement une autre hypothèse, celle que cette expérience corresponde à une autre forme, un autre niveau ou une autre dimension de la réalité, à défaut de meilleurs termes, où la conscience existe en soi et dans un état sublimé ?


POUR UNE TERMINOLOGIE "LAÏQUE"

L'EMI laisse à penser qu'au-delà de l'espace et du temps, par-delà l'objet et le sujet, le raisonné, le senti et le ressenti, il y a une réalité, une « méta-dimension », où tout cela coexiste, où nous existons en tant que conscience, animée d'une énergie que nous arrivons d'ordinaire tout juste à appréhender, et capables de réaliser le sens de notre existence, de notre incarnation. Il faut souligner au passage que les EMI vécues lors de tentatives de suicides détournent les suicidants de leurs actes de désespoir.
En aucun cas on ne peut dire que l'EMI prouve une forme d'autonomie de la conscience, ni la survie après la mort, et encore moins l'existence de Dieu. Disons seulement que ce n'est qu'au prix d'une très mauvaise foi qu'on peut lui dénier un intérêt fondamental pour approfondir notre compréhension de la conscience et de la nature humaine. A ce propos on constate aux Etats-Unis une préjudiciable utilisation du vocabulaire et des concepts religieux dans le discours de certains scientifiques à propos de leurs recherche sur la conscience et le cerveau. Les termes de Dieu, âme, esprit, ange-gardien, etc., y sont superposés à des observations qui semblent confirmer la « validité » de ces notions. Compte-tenu de la religiosité qui imprègne la société américaine dans son ensemble, il ne s'agit pas d'une surprise, mais ce n'est pas aussi anecdotique que Melvin Morse, par exemple, le relève dans l'introduction à l'édition française de son best-seller « La Divine Connexion ». Rendant hommage à quelques pionniers français tels Louis-Marie Vincent ou Paul Chauchard, ou encore au Belge Régis Dutheil, Morse estime que ces derniers ont « démêlé les secrets de cette communication avec «Dieu». » Et de poursuivre : « Bien sûr, ils n'utilisent pas ce mot, mais celui de « conscience supralumineuse (sic) » ou « système d'information universel »' » Pourtant, bien qu'il semble naturel à l'Américain Melvin Morse de s'y référer sans cesse, il est opportun de s'affranchir autant que possible d'une terminologie religieuse, qui reste accolée pour l'essentiel à une conception dogmatique de la réalité. D'autant que telle ou telle notion est valable pour une religion et pas pour une autre.
Il ne s'agit pas de valider ou d'invalider les religions, ni d'exclure a priori les enseignements qu'elles renferment. Mais la dimension spirituelle et sacrée de l'humanité ne saurait se réduire au religieux.

Sonder la conscience et l'inconscient, la traquer dans le cerveau et ailleurs, depuis sa relation à l'organisme jusqu'à sa capacité d'éprouver l'absolu ; étudier les hypothèses de modèles physiques, ils sont nombreux, qui se construisent autour de cette problématique esprit/matière (13) ; cette approche est désormais entreprise dans le cadre, laïc, d'un « nouveau paradigme » scientifique qui n'est réellement qu'un changement de point de vue, si possible par une élévation de la réflexion. Son ambition est de situer le débat au-delà de la stérile opposition entre une vision réductionniste et mécaniste, et une parfaite création divine.
Un renversement fondamental peut alors s'opérer à partir d'une assertion qui est aussi une hypothèse de travail : la conscience précède ontologiquement la matière, elle lui préexiste, lui donne forme et l'anime. L'EMI ne se déroulerait alors pas dans un au-delà mais un « en-deçà » de l'existence telle que nous la connaissons. Le sentiment qui s'impose à l'expérienceur est qu'il s'agit d'une sorte de retour à la maison, de retrouvailles avec une réalité qui est familière. Cette autre réalité lui semble alors comme l'est celle-ci au rêveur qui s'éveille, et c'est la même évidence. Par extrapolation, on peut aisément accepter l'idée de « niveaux » encore supérieurs. Le doute ne se réinstalle même pas une fois le voyage terminé. Le savoir total, le sentiment que toute l'information est accessible immédiatement, lui, disparaît quand la conscience réintègre le corps. L'expérienceur aura plus de facilités par la suite pour activer cette « connexion » en développant son intuition, voire des capacités psi. Mais la certitude d'avoir accédé à une sorte de plan supérieur de réalité demeure toujours. Et, au contraire du rêve, le souvenir de l'expérience reste extrêmement clair et vivace.

Avec l'EMI, le mystique fait irruption chez le quidam, et même une intrusion définitive. C'est l'affirmation de cette dimension-là chez chacun d'entre nous, pas des êtres exceptionnels ayant voué leur vie à la prière ou la méditation ; n'importe qui. Cette dimension reste à découvrir, ou plus sûrement, à redécouvrir. La science y a « objectivement » sa part, mais pas seulement elle. A chacun de faire l'expérience directe des facettes de sa conscience, de sonder son esprit. Au point où nous en sommes, il est probable que ce soit une impérieuse nécessité.
L'EMI donne du sens à notre présence au monde. S'il est parfois difficile pour l'expérienceur de retrouver un équilibre, il est revenu de ce qu'il considère pour sa part comme le seuil de la mort parce que sa vie a finalement un sens. Non pas qu'il ait une grande tâche à accomplir, bâtir de nouveaux temples ou diriger les hommes, non, simplement à aimer, c'est-à-dire sauver le monde.

Jocelyn Morisson


Notes
NDE : Near-Death Experience (pour Expérience Proche de la Mort). On trouve les abréviations EMI (Expérience de Mort Imminente), EMA (Expérience de Mort Approchée), ou encore EFM (Expérience aux Frontières de la Mort)
Ce néologisme inélégant a été adapté de l'anglo-américain « experiencer » et désigne une personne qui a vécu une EMI.
« Les dimensions de la conscience », Dr Jean-Pierre Jourdan http://perso.wanadoo.fr/iands-france.org/articles/lesdim.html
Charles T. Tart - Journal of the American Society for Psychical Research, 1968, vol. 62, no. 1, pp. 3-27
Bardo Thödol, Adrien Maisoneuve, Evans-Wentz W. Y. 1981
Il faut préciser que cette remarque des enseignants bouddhistes n'est pas à prendre à la lettre. En effet, le temps passé dans le « bardo du devenir » n'a pas de correspondance en temps terrestre et il n'existe pas dans le bouddhisme un « dogme » sur cette question. Il s'agit davantage pour les bouddhistes d'attirer notre attention sur la dimension « subjective » de l'EMI, y compris pour ce qui concerne les « âmes » ou « entités » rencontrées.
Cité par Evelyne-Sarah Mercier dans« A la recherche de la lumière, le message des expériences de mort imminente », in L'Au-Delà, ouvrage collectif sous la direction de Bertrand Vergely (Noêsis, 1999).
Les notions de karma et de destin nécessitent un trop long développement pour être abordées ici.
Cf. Djohar Si Ahmed : http://www.imi-paris.org/terrain_psychanalyse.php3
Louis Bourdonnais, in « Éléments psychologiques de l'expérience mystique » (mémoire)
Pr Olaf Blanke ' Nature 19/09/02
Une « infinité » de choses dépasse la raison, disait Pascal. Dans l'EMI, la raison est dépassée, mais elle est surtout « englobée » parce que le raisonnement demeure et les facultés de la raison semblent à l'expérienceur démultipliées et non réduites.

Y travaillent notamment Brian Josephson, Roger Penrose, Ruppert Sheldrake en Grande-Bretagne, Roger Nelson, Dean Radin et bien d'autres aux Etats-Unis