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placement EMI: Expérience de Mort Imminente ou Near-Death Experience



L'Expérience de Mort Imminente (EMI ou NDE) est, au sens strict, un "symptôme" repéré et associé à la "mort clinique" (arrêt cardiaque, coma, etc...).

Leurs récits, largement médiatisés, ont permis de dégager des constantes: reprise de conscience à un point apparemment extérieur au corps du patient (phase autoscopique), tunnel ou notion de passage, rencontre et communication avec LA lumière et/ou des entités, visions diverses jusqu'à une limite de "non-retour". Malgré la diversité des récits, leurs contenus sont indépendants des conditionnements socio-culturels ou personnels de l'Expérienceur et, en France, on estime que 3% de la population auraient vécu ce type d'expérience.


GUY CHANET

PARTIE 1 : RÉCIT DE LA PREMIÈRE EXPÉRIENCE
 
 
Nous sommes en janvier 1990, je suis marié avec Danielle, nous sommes parents de six enfants (dont deux sont adoptés). À cette époque j’exerce comme diacre permanent, animateur pastoral de la paroisse de Banneux, je pratique le métier d’artiste de variétés (magie, illusion, automate, animateur de spectacles)
 
Les événements se passent à mon domicile.
 
En décembre 1982 j’ai déjà fait un infarctus du myocarde et été soigné à Bavière (Liège)
En 87: crises d’angor, en 88 : coronarographies et angioplasties.
En janvier 90 survient à nouveau une sévère crise d’angor. Nous sommes l’après-midi, sachant ce qu’il m’arrive, je m’allonge sur un canapé dans mon bureau-salle à manger.
Mon épouse appelle les secours. Mon fils aîné est présent à mes côtés.
 
Dans l’attente de soins, je suis pris dans un étau au niveau de la poitrine, j’ai mal à la mâchoire, et j’ai des lancements dans le bras gauche. Je suis calme et j’essaie malgré tout de rassurer mon fils et mon épouse.
 
Je ferme les yeux et perds connaissance d’après les dires de mes proches.
 
Je me retrouve aussitôt à l’extérieur de mon corps.
 
Sous forme, comment dire pour ne pas travestir cette réalité ? Sous forme d’un petit nuage, d’une nuée, d’une vapeur...
Cette consistance, aujourd’hui pour la décrire me semble de type « ouateuse ». Elle a des proportions, car je peux me situer très bien dans l’espace et j’en garde une mémoire très vive.
« Je suis » moins long que le bureau, à peu près de la même largeur, j’encombre environ 1 m sur 60 cm et suis large de 40 cm. Bien sûr ces mesures sont approximatives, c’est en comparaison du bureau, car je me situe au-dessus de lui, plus près du plafond que du sol. J'ai une vision globale du lieu.
 
Dans un premier temps, je prends véritablement conscience de ma présence dans le lieu et de ma nouvelle manière d’être. Tout cela sans aucune crainte, sans interrogation, pour moi, c’est un fait. Et je constate. Je fais un état des lieux !
 
De ma nouvelle place, j’observe froidement la situation.
Mon corps physique est là, allongé sur le canapé les yeux sont fermés. Ce corps est distant de moi de trois, quatre mètres. Je me situe actuellement au-dessus de la tête de ce corps, à sa gauche. Je ressens un peu de pitié pour lui (?) peut-être de l'indifférence. Un peu comme on regarde un vieux manteau dont on va se dessaisir.
Ce qui me laisse moins indifférent ce sont les cris de mon fils, que je distingue et comprends. Il a, à cette époque 22 ans. Il est là à genoux, auprès de ce corps inerte et crie : « Papa, papa, ne part pas, ne nous abandonne pas ! »  Il pleure. Je le vois il est de dos, mais je saisis aussi son visage.
 
D’autre part à travers les murs de la maison je perçois mon épouse, qui est à l’extérieur me tournant le dos, elle s’impatiente de l’arrivée des secours, elle aussi je la saisis complètement.
 
Quand je dis : « je vois », « j’entends » ce n’est pas exactement de la même manière qu’avec les sens de mon corps, je dis plutôt : je perçois et comprends, mais pas avec les yeux ou les oreilles, ni la raison.
Par contre je ne ressens pas le besoin de répondre et je crois ne pas en avoir la possibilité... mais j’allais dire : ça ne me passe même pas par la tête !!! D'ailleurs où ai-je la tête ?
Je vis autre chose, une autre réalité, et ne peux ou ne veux plus communiquer tout en restant dans la compréhension de la situation et de leur demande.
 
Mais je n’ai pas la sensation de les abandonner. Non, je suis encore là. Autrement. Un fait est qu’eux le vivent comme une probable séparation déchirante, moi non. Mais ne sais, pour l’instant (ou pour toujours ? la question ne se pose d’ailleurs pas) plus communiquer par les sens. Moi je reçois et comprends, eux ne me perçoivent plus, sinon l’absence.
 
Quand j’ai dit je fais un état des lieux assez froidement en voici la preuve :
je distingue dans un coin supérieur de la pièce, une araignée dans sa toile et je l’observe bouger, en détails et en gros. Pourquoi ??? La situation, normalement est autrement importante, merde, je viens de mourir !
 
Mais à un moment donné je me sens comme véritablement aspiré violemment par le corps de mon être, je rentre à nouveau en lui par le centre de son front.
 
Là se termine mon expérience « extra-corporelle ». Mais...
 
Je reprends connaissance, seul, donc avant que les secours n’interviennent. Car j'entendrai, et cette fois avec mes oreilles, avec mon ouïe, les sirènes de l'ambulance qui arrive sur les lieux.
Après les soins de stabilisation, l’on me charge sur une civière, je communique avec les infirmiers et le docteur. Dans les manœuvres de celle-ci on me fait reculer vers le coin, coin où se trouve l’araignée. Intérieurement, en la voyant de mes yeux physiques, je souris. Je n'en dis rien, j’ai donc mémoire de ce que je viens de vivre.
Car quand j’étais allongé sur le canapé, ce coin m’était caché par une baie qui sépare la pièce en deux, je ne pouvais donc la voir de mes yeux.
Mais elle était bien là !!!
 
Cette expérience m’a laissé une drôle de sensation. Oui, notre être nous survit, pour moi c’est un fait. Mais cette « nuée » que devient-elle avec le temps, si le temps existe encore ? En tous les cas elle peut-être « aspirée » vers un corps, ça maintenant je le sais ! Ou... aller vers un autre ailleurs ? Où peut-elle encore se dissoudre, s’évaporer vers un néant ? Là, pas de réponse.
 
(NB. ces questions s’appuient sur ma réalité, j’essaye d’y répondre pour l’instant avec ma foi et mes espérances, mais c’est une autre question de point de vue)
Par contre, je ne ressens aucune crainte de revivre cette expérience. Je dirai même plus
Il y a une certaine impatience à la revivre, pour en connaître peut-être une autre fin.
 
Cette expérience a changé ma manière d’être, par exemple :
Pour mes activités de diacre, j’ai été amené à accompagner certaines personnes durant cette épreuve de séparation, que nous appelons : mort. Toujours je m’astreins à accompagner la personne au-delà de sa séparation d’avec son corps et l’encourage à poursuivre sereinement sa découverte. Tout cela bien sûr dans la discrétion du cœur et de l’esprit, en paroles prononcées ou non, en fonction des personnes présentes. Car aujourd’hui, je connais cette présence au-delà de notre réalité.
 
Et l’aventure allait se poursuivre...
 
 
 
 
PARTIE 2  -  RÉCIT DE LA DEUXIÈME EXPÉRIENCE.
 
 
 
 
Nous sommes maintenant cinq ans plus tard. En juin 1995.
 
Depuis janvier 1990 mon état de santé, côté cardiaque, ne s’est pas amélioré.
On ne peut envisager des pontages, car la situation, comme dit le cardiologue, est diffuse.
Suite à cette crise, où j’ai vécu ma première expérience extra-corporelle, le cardiologue du CHU décide de m’implanter un stent Shatz  Palma. C’est la première fois que cette opération aura lieu au CHU et elle se fera en présence d’un chirurgien américain.
Malgré cette opération en 91, 93 et 95 je subirai trois interventions coronariennes pour angor instable.
 
Mais, lors de cette dernière intervention en juin 95, l’examen de coronarographie se passe mal. Un stagiaire du professeur « loupe son coup » et déchire une artère. Ceci suivant MA compréhension des évènements suite aux explications que l'on a bien voulu me donner. Je poursuis : intervention du professeur, perte de connaissance. Lorsque je me réveille, le professeur est sur moi, il me chevauche procédant à une réanimation par massage cardiaque.
Je me retrouve en soins intensifs, sous circulateur cardiaque externe. Avant d’entamer le lendemain matin une opération de pontages en urgence. De toute manière « il n’y a plus rien à perdre » !!! (Paroles du service de cardiologie à mon épouse, je ne cite pas de nom !)
 
Allons-y donc pour l’opération de la dernière chance !
Je suis donc là, dans la salle d’opération, totalement inconscient, puisque sous anesthésie.
 
J’ai le thorax ouvert, la jambe gauche également, j’apprendrai par la suite qu’on y a prélevé des bouts d’artères. Il y a là, l’anesthésiste, mon médecin traitant Luc, un chirurgien, le professeur, des infirmièr(e)s et une dame qui en ce moment n’est pas très active, mais parle beaucoup.
D’une voix qui me paraît outrancière, elle dit ce qui me semble être aujourd’hui comme des insanités sur la situation que tous sont en train de vivre. Certains en rient, d’autres sont impassibles. Mon médecin traitant, qui d’autre part est aussi un ami, est lui plutôt grave et se tient en arrière position au pied de la table d’opération.
 
 En fait ils viennent de me « perdre » !
 
Ah, oui j’ai oublié de vous dire, depuis un bon moment je suis dans ma « nuée » et observe tout ce petit monde qui s’affaire autour de mon corps. Même genre de présence que lors de la première expérience.
 
Encore une fois, je prends « conscience » de la situation et de la réalité. Je me situe dans une ambiance sombre avec un centre très lumineux, l’éclairage de la salle d’op. Je vis un froid extrême, glacial.
Je perçois les paroles désobligeantes de la dame à mon égard. La tristesse de mon médecin. L’activation de tous et toutes, leur sentiment d’échec, voire de panique pour certains.
Sentiments que je ne partage absolument pas. Je me sens calme et paisible. J’observe froidement.
Je vois, au travers des corps des acteurs, mon propre corps physique allongé, inconscient, éventré en son entier, le sang et ce froid glacial perceptible, mais que je ne distingue pas... je me vois ouvert en deux... exposé là, dans une lumière aveuglante, blanche et crue.
Cette fois ce n’est plus un semblant de pitié, mais c’est un rejet de ce corps... non celui-là ne peut avoir été à moi, il est trop crado ! Je ne m’y reconnais qu’à peine. Comme la dame, probablement, je prends vis-à-vis de lui du recul.
 
En relisant mes notes, je me pose la question, est-ce pendant où après cette décorporation que j’ai été animé de ces sentiments ? Je dirai plutôt après, il me semble qu’étant" nuée" j’étais indifférent.
 
Je me réveille, je suis en salle de réanimation, aux dires des infirmiers et médecins se relayant à mon chevet « tout s’est très bien passé »... et ta sœur ! Ce n’est pas bien de mentir aux ex-morts !
 
Tout est mémorisé, intériorisé, gravé au plus profond de moi. C’est une terrible épreuve que je viens de vivre. Car ce corps que je ne voulais plus, je l’ai réintégré, par la force, la force de qui ? De la vie ? De la science et de la technique médicale ? Mais la vie dans ce corps ne sera plus la même, ce corps maintenant je le traîne. Et ce corps il me traîne, moi, « Guy nuée » ! Car je suis vraiment plus léger quand je suis nuée.
Ce corps, lui, il continue à se jouer de moi, forcément il est moi aussi être humain. Mais j'ai dur, d'accepter encore cette union. je vais dire que je suis en instance de divorce d'avec moi-même. Bien que je n'ai jamais eu à vivre cette situation de divorce. Ce putain de cœur continue d’avoir des angors (en 2001, en 2005, en 2006 il signe un nouvel exploit infarctucien, avec cette fois la pose d’un stent Cypher qui enfin me stabilisera).
 
Pendant quelques années je plongerai au fin fond d'une grave dépression nerveuse. La solution pour ce divorce d'avec mon corps n'est-elle pas tout simplement de ne plus lui laisser la possibilité d'être lié à son esprit ? de libérer l'esprit de se corps ? Ce n'est pas un suicide, c'est une libération ! Ce n'est pas l'avis de tous.
 
Cette expérience me vaudra un séjour de six semaines en soins psychiatriques, et cela quelques années plus tard, en novembre 1999. Où l’on observa durant mes soins, des hallucinations qui concernent cette expérience. Hallucinations qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai vécu au moment de l’opération. Ça, c’est sûr et certain ! Puisqu’il s’agira, alors pour moi, d’halluciner sur ce corps, et là je fais une grosse différence entre les deux expériences, car cette fois je suis dans mon corps il s’ouvre de bas en haut, projetant des bestioles infectent et suivant mes dires : contagieuses pour ceux qui veulent m’approcher. Je me reconnaîtrai malade, complètement déséquilibré et souhaiterai en sortir avec une aide extérieure. Durant ces délires je me battrai physiquement, avec une force inconnue de moi, contre quatre ou cinq personnes chargées des soins, pour les obliger à s’éloigner de moi. La camisole chimique me sera imposée afin de revenir au calme.
 
Pour moi la preuve que ce que j’avais vécu lors de la décorporation était vraiment bien ancrée en moi probablement dans mon inconscient. Et que l'image enregistrée pouvait resurgir en moi et provoquer des dégâts.  Encore aujourd’hui me faut-il beaucoup de courage pour vous partager cet épisode. Mon but n’est pas de me répandre, si j’ose dire dans ce cas, mais d’essayer de comprendre ces "phénomènes".
 
Commenceront alors, les troubles du sommeil (mais pour cela, je ne sais s’il y a un lien avec ce vécu) (cauchemars, petites hallucinations nocturnes, apnées et hypopnées de forme sévère (54,7 apnées/1h la norme étant de 10/1h) et cela ne sera révélé qu’en février 2013 suite à un examen du sommeil, prescrit par un nouveau cardiologue, et dans un état physique de total épuisement physique.
 
Bien sûr qu’avant tout cela j’en avais parlé avec mon médecin traitant. Qui est à mon écoute mais qui fut ébahi devant mon rapport de l’opération. Car j’étais quand même sous anesthésie, surveillé, je ne pouvais être conscient, alors comment vouliez-vous que je connaisse la présence de la dame en question et ses dires (que je ne peux toutefois pas préciser). 
Ce que je sais, en tout les cas, c’est que cette scène est inscrite, gravée en moi, dans ma mémoire, mais plus encore dans mon inconscient.
Que le rapport à mon corps à bien changé depuis. Je m’en fous complètement...
 
On est loin des témoignages où les personnes disent qu’après ce genre d’expérience
"qu’elles souhaitent vivre à fond cette vie terrestre retrouvée".
 
Merci de m’avoir permis de témoigner et de me pousser à mettre tout cela par écrit.
 

  En ce qui concerne mon médecin traitant, qui est aussi un ami, Il est toutefois IMPORTANT de savoir, que, je suppose qu'il y a eu de sa part, de la "réserve" professionnelle, mais il y a eu de sa part aussi une confirmation explicite que les faits que je lui rapportais étaient bien de l'ordre de la réalité.

Qu'effectivement les personnes présentent était bien celles que je citais, que l'on avait bien utilisé de la "glace" durant l'opération.

Qu'effectivement l'on m'avait perdu...

Sa discrétion a plutôt portée sur le contenu des "fameux" dires de la dame présente, sans toutefois nier la part peu appropriée de ses propos. Il peut aussi vous signifier sa part d'étonnement quant à la description que je lui ai faite de la situation.

 

 

 

Bertrand PILLOT

Le 1er avril 2011 là où ma vie a basculé

Une violente douleur dans la poitrine, puis dans le bras gauche et la mâchoire. Une heure de massage cardiaque, dix électrochocs, 14 jours de coma. Le cœur s’arrête et tout bascule dans l’inconscience, c’est la mort…

Les premières sensations de choses irréelles sont les images d’un grand tunnel sans fin, avec couleurs vives et violentes, plein de tourmente et de bruit, comme si je tombais dans un précipice sans fond. Mon corps me faisait mal avec des nausées, la panique s’emparait de moi de voir ce monde qui me paraissait être l’enfer. Dans un bruit infernal tout s’arrête subitement, et je suis assis au sol. Autour de moi des labyrinthes en forme de grottes, dégoulinants d’humidité, avec des plantes horribles et des personnages hideux (...). Une voix que je ne connais pas me dit : "Ne reste pas ici, tu n’en ressortiras jamais, cette tourmente sera de pire en pire, tu n’as rien fait pour mériter cela".

Puis à nouveau, je ressentis tout ce qui se passait autour de moi, beaucoup d’agitation, et j’étais content d’avoir quitté ce monde irréel. Mais très vite la réalité reprenait le dessus, et encore ces souffrances et ce mal-être de mon corps. Et puis, tout à coup, une grande confiance dans l’équipe médicale s’installa dans mon esprit. Je sentais que quelque chose se passait, je me sentais bien. Tout était paisible, je glissais dans un sommeil profond, plus rien ne pouvait m’arriver. Encore quelques mots de l'extérieur venus du personnel soignant, très lointains, presque inaudibles, puis cette sensation de bien-être.

Dans un élan surnaturel, je me sentis m’envoler à grande vitesse autour de la terre, et la carte du monde défilait au-dessus de mon lit. Je cherchais un endroit où me poser. Certaines images de ma vie apparaissaient selon l’endroit où mes yeux se posaient; j’avais l’impression d’être en errance. Quand tout à coup, une lumière très vive surgit, pas blanche, près d'une couleur bleutée indéfinissable, apportant une ambiance sereine, un calme paisible sans souffrance ni torpeur, où l’on ne ressent que de l’amour et du bonheur. Là, j’aperçus le visage de mon frère, décédé récemment, les yeux regardant vers le ciel. Puis, quelques instants plus tard, il me dit: « Pas toi, redescends ». Surpris par cet ordre, je ne comprenais pas pourquoi je devais redescendre sur la terre.

J’étais si bien, pourtant, et je ressentais que toute ma famille: père, mère, frère, oncle, tante, grand-mère, grand père et bien d’autres étaient là et m’attendaient. Puis, sous mon insistance, un dialogue s'établit avec mon frère ; nous étions sous un bel arbre. Il m’expliqua que je n’avais rien à faire ici. Je ne comprenais pas pourquoi; lui avait le droit de vivre ce bonheur, mais pas moi. Il m’expliqua que sur terre ma famille avait encore besoin de moi (...). J’ai vécu un sentiment d’injustice à son égard, lui qui n’était pas croyant (...). Puis, il ajouta qu’il était bien avec les siens et qu’il avait accompli sur terre ce qu’il avait à faire. Et là, je vis tous les visages de mes proches décédés, dans un flou rapide. Je tendis la main droite vers eux mais aucun ne la saisit. Les larmes me coulaient des yeux, tel un torrent, et je suppliai encore et encore qu’un seul m’accepte ou me parle, mais en vain (...).

Je me retrouvais seul. Soudain, une silhouette féminine vêtue de blanc et bleu, sans vraiment de visage, me laissa le choix de rester ou de redescendre, d'une douce voix dans laquelle je ressentais beaucoup d'amour et de sérénité. C’était la seule main tendue que je pouvais prendre. J’étais conscient que le fait de revenir sur terre signifiait pour moi "souffrance" mais je ressentais aussi l’amour de ma famille terrienne et toute la peine qu’elle avait. Mon choix fut de revenir vers elle, vers eux.

Ce choix, je l’ai fait pour eux, car pour moi, il aurait été plus facile de rester là où j’étais. La transition fut brutale. Un mal-être s’emparait de mon corps.. et encore ces images fugaces. Puis la voix d'une infirmière du nom de Marie, que je percevais parfois pendant mon coma, fut pour moi d’un grand réconfort. Quand elle était près de moi, elle me parlait beaucoup. Je l'entendis et je savais que j’étais revenu sur terre (...).


INTÉGRATION

Depuis, un morceau de moi est resté ailleurs, je ne suis plus le même. Dans ma tête, les choses ne sont pas toujours très claires, parfois je me sens étranger à ce monde. (...)

La vie sur terre est ennuyeuse, difficile avec ces moments d’angoisse, mais aussi ces moments heureux que nous nous devons de rendre encore plus heureux, au quotidien. Nous aimer, nous aider, sans haïr, sans se juger les uns les autres, laissant de côté le matériel. Ces biens et argent qui font que les humains se battent entre eux, tels qu'ils sont sur terre, et qui seront sur un même pied d’égalité le moment venu. Mon rêve serait de ne plus rien posséder et de vivre que des choses que la terre nous offre si généreusement, et dont on ne sait pas toujours tirer profil au bon moment. Tout passe, tel un nuage. Il faut profiter de tout ce qui est offert comme d'une pierre précieuse brute, pour lui donner toute sa richesse, en la travaillant chaque jour pour lui donner toute sa valeur. Non pas monétaire mais la valeur de l’esprit qu'on lui accorde, soit le sens vrai et la beauté de la vie.(...)

La rédaction de ce récit m’a pris beaucoup de temps. Par petits morceaux, j’ai reconstitué ces évènements avec mes mots; certaines choses ne peuvent être ni écrites ou dites, tellement c’est indescriptible.(...) Je pense n'avoir vu que le passage qui mène à l’au-delà sans avoir franchi un certain seuil. Un jour, je pourrai voir de l’autre côté. La vie sur terre n’est qu’une étape, elle est la préparation à une autre VIE et il n’existe pas de mot pour décrire ce qu'elle sera...

Bertrand Pillot

 

Le lama rouge


L’histoire qui suit est une anecdote de mon enfance qui devait me surprendre une fois adulte !


Nous habitions à cette époque (vers 1958) dans les communs d’un château du descendant du Marquis Melchior de Vogüé situé dans la grande banlieue parisienne dans la commune de Chauvry dans le Val d’Oise où ne dépassaient pas les trois cents ruraux (1). 


La propriété étaient vaste et boisée et les champs s’étendaient au-delà du mur d’enceinte qui entourait l’ensemble du parc, avec les communs et le château.


Nous vivions donc dans un espace vital très large et au contact permanent avec la nature. Les communs étant les anciennes écuries reconverties en garages pour les premières voitures de maîtres qui avaient supplantées les calèches depuis rangées derrière les communs. À cette époque le garage avait toujours sa fonction pour deux grosses voitures éventuelles. Ce garage se fermait avec deux grands rideaux métalliques ondulés qui se dépliaient lorsque l’on les descendaient. Je devais alors bien avoir dans les 6 ou 7 ans peut-être. 


Un soir je voulu fermer l’un des rideaux métallique déroulant et je montais sur une échelle simple qui était trop petite. 


Je pris mon élan pour attraper le bout du rideau de fer, mais je le manquais de peu et tombais sur le sol en béton où ma tête raisonna durement. à moitié étourdi je vis plusieurs lumières étoilées et ne me sentant pas très bien je montais dans ma chambre m’étendre en prévenant au passage ma mère qui était dans le cuisine. Une fois endormi sur mon lit, je ne devais me réveiller que trois jours plus tard. Le médecin alerté avait prévenu qu’il n’y avait rien à faire. Il fallait jusque que la position de la tête soit plus basse que le reste du corps et attendre. Si aucun écoulement de sang ne s’échappait de mes oreilles, c’est que je n’avait aucune fracture irrémédiable. Charmant programme pour ceux qui me veillaient…


Au bout de trois jours, j’ouvris les yeux et avait la surprise de me retrouver dans un lit d’enfant avec des barreaux. Un après-midi suivant, le fils des châtelains qui devait avoir notre âge m’offrit même un livre d’enfant. Je fus très étonné que Guillaume fut envoyé par sa mère nous rentre visite, ce qui ne se faisait pas puisque leur condition sociale (de châtelain) était bien meilleure que la notre.


Quoiqu’il en soit j’étais bien vivant et reprenais bientôt ma place dans la famille sans plus y penser. Pourtant un phénomène s’était produit pendant ce temps là. J’avais été en relation avec plusieurs personnes dont l’une plus précisément et ces personnages m’étaient complètement inconnus. L’entretien que j’eu avec eux était bien étrange. Pour mémoire, je peux citer une partie de notre conversation silencieuse. 


C’était un homme esprit qui après m’avoir mentalement examiné, me demandait si je me sentais suffisamment sûr de mon corps pour pouvoir continuer, étant entendu que je pouvais renoncer à poursuivre le chemin de cette incarnation terrestre si je ne m’en sentais plus très sûrs quand à mes capacités physiques. 


Un peu étonné de cet étrange dialogue, je me retournais mentalement sur moi même si je puis dire et m’examinais en ayant bien conscience d’avoir eu un choc dans la mécanique du corps terrestre. Je répondis que je pouvais très certainement reprendre mon chemin même si ce chemin devait être un peu plus ardu que prévu par rapport aux plans initiaux car il me semblait plus intéressant de poursuivre cette voie que j’avais choisie pour cette incarnation, car une démarche très intéressante quoi qu’ardue était celle que j’avais choisie au départ et qu’à tout prendre, je “serrerai” les dents pour y arriver et finir au terme prévu au départ avec ce que cela implique. 


Étrange dialogue en vérité car cette question de la continuation devait probablement intriguer un peu mes chers interlocuteurs que je semblais avoir connu dans une autre vie ou quelque chose comme cela. Je confirmais cependant à deux reprises mon désir de continuer. 
Alors je me sentis à ce moment là comme bricolé de-ci-de-là par une énergie assez curieuse qui me réimplanta dans le corps terrestre et je réintégrais ce handicap du fonctionnement des commandes du potentiel de mon corps terrestre. Pendant cette réintroduction, une longue lumière rouge défila, je devrais plutôt dire, qu’un long ruban rouge défilait devant mes yeux après que j’eu réintroduit mon habitacle humain. 


Cela ne ressemblait en rien à une expérience involontaire précédente où j’étais sortis de mon corps pour aller explorer le haut du placard de ma chambre une ou deux années avant, quand une très forte fièvre due à un rougeole je crois, me permis ce genre de démarche qui m’effraya et que je m’empressais d’oublier après être revenu dans mon lit quelques instant après. 


Non, cette fois, c’était autre chose, je n’avais pas été seul, mais avec des personnages que je pressentais illustres et très élevés.


Quand, bien des années plus tard, je rencontrais des moines tibétains à une prières communautaire à Paris, dans les années 1983-84, je crois. C’était à l’occasion du passage du Dalaï- Lama. Ils me prirent pour l’un d’entre eux et m’accueillirent parmi eux. Respectueusement je me dirigeais vers les civils en les remerciant et assistais à cette cérémonie œcuménique. 


Je sus alors que mes mécaniciens célestes n’y était pas pour rien et que les prières de quelques uns dans les hauteurs du Tibet pouvaient bien avoir eu une action et avoir participé à cet étrange dialogue avec ce petit bonhomme que j’étais alors du haut de mes 6 ou 7 ans.
Il est possible que les grandes tuniques rouges des moines tibétains ou d’autres religieux de l’Himalaya aient quelques secrets biens gardés et je leurs en suis chaleureusement reconnaissant.


Mais peut-être que les tuniques rouges étaient celles des cardinaux, ou bien celles tout simplement des Amérindiens ! Allez savoir…


Pierre (Sarramagnan-)Souchier, le 7 juin 1999, mise à jour le 09 octobre 2012. 


Note : (1) Un petit portrait datant de 1955, à la destinée peu banale de ce banquier devenu moine à La-Pierre-qui-vire, Monsieur le marquis Melchior de Vogüé (1893-1965) et de son épouse, se trouve dans le chapitre “Ouvrez toutes les portes !” du livre “Ce siècle appelle au secours” de Gilbert Cesbron, éditions Robert Laffont, 1955, et en pages 18 à 22 dans la collection “J’ai lu” n°365 de 1975. Lire aussi sur Wikipedia.

 

Vannina Schirinski

Un soir de Juillet,dans notre maison de campagne nous descendions ma grand-mère et moi, (j'avais alors quatorze ans), vers la cuisine, afin de nous faire quelque chose de chaud à boire avant d'aller dormir. J'avais depuis toujours l'habitude de marcher pieds nus, et ce soir là je l'étais une fois de plus. Arrivées dans le hall d'entrée,ma grand-mère note que le lampadaire en fer forgé qui éclaire habituellement ne fonctionne plus.

Je m'approche du-dit lampadaire, me penche sous l'abat-jour et tends ma main vers la douille. Dans la semi obscurité je ne vois pas tout de suite qu'il n'y a plus d'ampoule. A peine je le découvre, que mon index est irrésistiblement attiré vers le centre où se trouvent les plots qui font contact. Une personne a retiré l'ampoule sans débrancher la prise.

Je sens alors une douleur immense parcourir mon corps, ainsi qu'un coup sourd qui résonne à mes oreilles, et que que j'identifie de façon instinctive comme étant mon cœur qui donne son ultime coup. Un cri de bête sort de moi, et je ne peux plus rien faire pour extraire mon doigt de cette satanée douille. Mes pieds nus sur le carrelage n'arrêtent pas le courant, mais le font circuler en circuit fermé à travers mon corps.

Au même instant,( je ne saurais dire une unité de temps, une seconde peut-être), je me retrouvai en dehors de mon corps.

Je pouvais voir à 360°( ce qui est fort pratique), et voyais tout ce qui se passait, non pas avec mes yeux charnels, mais avec tout mon "corps" , enfin ce qui y ressemblait, car j'étais comme un nuage, et ma vision n'existait que par la concentration de ma pensée vers un point précis.

Je vois ma grand-mère paniquée courir autour de mon corps ne sachant que faire ; je vois ce dernier toujours collé et secoué de spasmes rapides et contractés, et qui continue de crier. Personnellement, je me sens merveilleusement bien. J'observe tout cela avec détachement. Je vois un nuage rose flotter autour de ma grand-mère, et je ressens que c'est l'amour qu'elle a pour moi. Des éclairs rouges vifs percent ce nuage d'amour, c'est sa peur.

A ce moment, je sens une présence sur mon côté droit. Je me concentre sur celle-ci. Je "vois" un autre nuage , ou brume lumineuse ayant vaguement une forme humaine et de couleur rose fuchsia. Cet être, car je ressens des émotions provenant de lui, m'envoie un amour comme jamais je n'en avais ressenti dans ma courte et ignorante vie. Un Amour absolu, inconditionnel, quelque chose d'entier et de doux à la fois. Cet être qui n'est pas sexué, me parle par transmission de pensées et d'émotions. Il et elle, me demande de me concentrer vers un point un peu plus haut situé dans l'espace du hall d'entrée de la maison.

Apparait un écran lumineux, un peu vague sur les bords, il flotte au dessus de moi en décalé, et je vois sans aucune surprise ma petite vie défiler.

Je peux aussi ressentir chaque émotion mienne, mais aussi celles des personnes qui furent autour de moi.

Quelle déception de ma part. Je découvrais que la seule et unique chose que je n'avais pas vraiment poussé jusqu'au bout et qui comptait véritablement dans une vie, c'était Aimer. Aimer les autres, même les personnes qui nous étaient étrangères, et montrer d'une façon ou d'une autre cet amour, ne pas le garder pour soi.

Puis l'être de lumière, me demanda si j'étais prête à partir. -"Quatorze ans c'est un peu jeune pour mourir" me dis-je laconiquement à moi même, " mais s'il faut partir, alors O.k." -"c'est d'accord je pars" dis-je décidée à l'être rose.

Pendant ce temps là mon corps vivait sa vie de son côté ; ma grand-mère toujours en panique autour de lui, et mon frère, sorti de son lit en catastrophe, à moitié nu, au son de mon cri de film d'horreur, tentaient de me porter secours.

Au moment même où je donnais mon accord pour partir à l'être de lumière ( et non je ne dirais pas un ange, parce qu'il n'avait pas les ailes et tout le barda qui l'attife dans l'iconographie traditionnelle), je sens que le haut de mon être est comme ouvert par le "crâne" et une douche de savoir y pénètre d'un coup.

Je récupère la mémoire de mon âme. Tout ce que nous oublions à notre naissance, je le récupère. Qui je suis vraiment, ce que je suis venue faire dans cette vie. Certaines de mes autres vies, une conscience profonde de "l' Amour inconditionnel", du rôle de chaque être dans une vie, le pourquoi d'une vie etc... Bref d'un bloc je reçois tout ça, sans broncher. Je récupère mon paquetage de sortie d'incarnation.

Mais au même moment, ma grand-mère trouve le moyen de décrocher mon corps du lampadaire, et alors que je m'apprêtais à partir dans une quiétude délicieuse, me voilà violemment ré-encastrée dans mon corps.

Et mal de surplus. Car j'ai la sensation d'avoir les yeux dans mon front. Je suis aveugle, je ne vois rien, j'entends, je suis encore dans la paix d'avant, mais aussi dans l'horrible sensation de mon corps, dur , froid , humide, étroit. C'est insupportable, et une violente colère me saisit, car chaque main qui me palpe, me soutient pour me redresser est une souffrance et un dégout. Je réussis à dire quelques mots de protestation, je dis que je vais bien, et d'une part c'est vrai, car personnellement je n'ai rien, c'est juste cette fichue boîte, ce corps qui ne fonctionne pas, mais les voix autour de moi me disent que ça va très mal.

Bref au bout de plusieurs minutes, je réussis à récupérer la vue. Personne n'a l'idée d'appeler un médecin, car il est presque minuit et à l'époque en pleine campagne auvergnate, c'est du domaine de l'impossible.

Alors voilà que commence dès le lendemain, ma nouvelle vie. Me voilà née à une autre vie. Jamais je n'aurais cru que là commençait aussi un autre enfer. Mon père à l'époque était reporter, il lui faut donc des faits tangibles et concrets, et puis étant passé chez les jésuites, la foi, Dieu, le paradis, la réincarnation et la vie après la mort, ce sont de vastes conneries pour lui.

Donc je n'ai pas reçu d'éducation religieuse, mon père est totalement contre. Nous somme orthodoxes de tradition du côté de ma mère, mais c'est plus pour le folklore que pour l'apprentissage du dogme. Bref, à table on parle de tout, sauf de ces " foutaises ". Et mon père quand il se mettait en colère ne le faisait pas à moitié. La tolérance concernant la spiritualité, lui il ne connait pas.

Me voilà donc avec de nouvelles convictions. Et permettez moi de vous dire que je n'aurais laissé à personne le droit de contester cette toute nouvelle vérité qui venait de s'offrir à moi. Je savais que la réincarnation existait. Je savais que mes parents de cette vie ne l'étaient pas de toute éternité et donc je n'obéissais plus à l'autorité de façon aveugle, mais parce que je considérais que cela était motivé par un but juste, et plein d'amour à mon égard.

J'avais une foi à déplacer les montagnes ; quant à l'existence d'une énergie "divine", qui ne m'était plus étrangère ; une énergie qui ne ressemblait en rien ou peu de choses que j'avais observé chez les copains qui faisaient du catéchisme, et qui tentaient de m'expliquer la soumission à Dieu. Me soumettre sans comprendre?? Jamais !

Étrangement, je devenais réfractaire à toute autorité abusive, et non justifiée.

L'âge ne comptait plus, seule l'âge de l'âme et son expérience comptait (et compte toujours ) pour moi. Que la personne soit un être de pouvoir ou un moins que rien, intelligent ou cultivé à l'extrême ou un un simple d'esprit, m'était égal. Ce qui en faisait sa valeur réelle à mes yeux, c'était sa capacité à l'Amour, sa qualité de cœur. L'amour de son prochain, sa tolérance, sa compréhension et sa bienveillance. Son don de soi aux autres, même de façon discrète.

Je ne vous raconte pas les problèmes que j'ai eu avec les professeurs du type classique ( apprends, ne réfléchis pas et tais-toi).Je posais mille questions, je voulais comprendre le fondement de tous les savoirs.

Je me mettais à dos les élèves parce que j'avais de la compassion pour les professeurs, même les plus revêches, qui avaient des difficultés en cours avec les dits élèves. Une capacité d'empathie m'avait saisie, j'observais tout des autres, et décodais leurs comportements pour mieux les comprendre, et si parfois je pouvais les aider, en silence, je le faisais.

J'avais un contrat, appliqué en moi depuis mon expérience de reprise de conscience. Je ne devais convertir personne, ne convaincre personne, car l'absolue vérité est que chacun doit choisir sa propre route. Même si je me trouvais persuadée que la personne se fourvoyait, je ne devais rien dire, si elle ne me demandait rien.

J'ai vécu des moments ou la langue me brûlait, des problèmes évidents se profilaient, j'avais des bouts de solution, des bouts de simplification, mais tant que personne ne me demandait je devais rester là sans rien faire, muette.

Laisser les autres croire que la mort est une fin de tout. Laisser quelqu'un se faire laminer par l'abus de pouvoir d'un autre, (bon là je plaide coupable, j'étais souvent saisie du syndrome de Zorro et je volais au secours des autres, et c'était parfois une erreur), voir des personnes se faire maltraiter et abuser parce qu'elles se sentaient trop faibles, trop amoureuses, alors qu'il suffisait qu'elles apprennent à s'aimer elles d'abord et avant tout pour être mieux aimées et respectées.

Bref, ma vie était une souffrance. Je souffrais pour les autres. Je souffrais d'être de nouveau dans cette vie de contrainte, froide, sans amour, violente, et triste, alors que j'avais vécu l'absolue félicité de l'autre côté. Je souffrais d'être contrainte à l'impuissance, je souffrais de ne pouvoir hurler aux prêtres catholiques qu'ils étaient, pas tous mais pour la plupart, des crétins esclavagistes qui faisaient stagner l'évolution spirituelle de l'humanité. Je prenais en grippe, tous les maîtres, gurus, et autres illuminés et extrémistes, qui manipulaient les foules pour leur propre bénéfice.

Plus tard aux mariages de mes amis, quand j'entendais le discours culpabilisant et bêlant du prêtre, j'avais envie soit de rire aux éclats, soit de rugir contre le crime contre l'Amour véritable, que ce représentant d'une soi-disant religion d'amour commettait.

Quand mon père disait pour la énième fois que les scientifiques prouvaient que Dieu était de la foutaise et qu'après la mort il y avait le néant et que c'était ça qu'il était convenable de croire et rien d'autre,et qu'il interdisait tout autre croyance, j'avais la rage qui me montait aux lèvres.

J'ai eu deux autres accidents, après l'électrocution, et à chaque fois j'ai retrouvé cet état de bien-être, de liberté, de paix et d'Amour. Mais je suis toujours revenue.

Par la suite,dans mes journées je me posais des questions comme: -" Qu'est-ce qu'est réellement Dieu, à la fin ? Tout le monde en parle différemment et personne ne sait. Je veux savoir". ou encore: -"Qu'est ce que la différence entre l'Amour et la Haine ? " J'ai reçu des réponses pour ces deux questions et pour toutes les autres que j'ai posé.

J'avais alors quinze ou seize ans, pas le temps de faire une crise d'ado, je n'avais plus seize ans mais, cinquante, cent, mille, qu'importait l'âge, qu'importait mon sexe, j'avais retrouvé des souvenirs personnels dans des incarnations d'homme. J'avais été père, guerrier, prêtre ( donc il me semblait que je connaissais le sujet quant à la conversion) marchand, etc...

La nuit, dans mes rêves, m'apparaissaient des êtres de lumières d'une autre couleur, ils me répondaient sur les questions que je formulais la journée. Je vivais Dieu, donc, et ce qui me fut montré dans la moindre cellule de ma conscience était une idée d'universalité, d'unicité, d'Amour absolu. On me fit avoir la conscience d'une cellule, qui explosa en des milliers, et on me dit: -" C'est ça Dieu, tout en Un et Un en tout. Tu peux être en toi, dans ta conscience propre, et en même temps être dans toutes les consciences et les cellules externes à toi même".

La différence entre la haine et L'amour, ce n'est rien, pas de différence. Un être de lumière du bout du doigt me dessina dans l'espace un gros cœur, et un bouton de volume apparut en dessous. -" Tu vois ce rose tendre qui colore le cœur?" -"Oui" -"C'est l'amour maternel, celui que s'échangent une mère et son enfant". L'être pousse le volume au milieu. Le cœur prend une couleur rouge profond. -"Cela c'est la passion, celle que se portent deux amants". Il pousse le volume à fond. Le cœur devient d'un noir absolu. -"Et voilà, ça c'est la haine, c'est de l'Amour non exprimé, frustré, une concentration d'Amour réprimé et bloqué. Si tu comprends cela, tu ne haïras plus car tu sais que tout est Amour."

Ainsi J'ai aussi éradiqué de moi la jalousie et la possessivité aveugle. Je considère que personne ne peut plus m'appartenir sous prétexte d'Amour ou d'engagement scellé par un bout de papier ou d'une litanie ânonnée sans conviction dans un lieu religieux. Seul l'amour fait loi. Et ce qui est bien dommage et si difficile ensuite, c'est que l'amour est bien la dernière valeur à la mode dans le monde actuel.

 

Voir aussi : une réflexion personnelle pour 2010

Pierre Roulet

Circonstances : je déclare une varicelle ( contractée auprès de mes enfants.), mauvaise pioche, cela tourne très mal. 1er Juillet 1999, au cours d'une visite d'un médecin à mon domicile, celui ci me trouve à 2 doigts de la catastrophe ( pneumopathie avec syndrome de détresse respiratoire aiguë ). Samu et réanimation ou l'on me plonge dans le coma si je n'y étais déjà. Merci l'hôpital de proximité car 20' de plus et je ne pourrais vous l'écrire ( enfin merci ? ) . .

48 heures + tard on demande à ma femme de prévenir la famille que mon cas est désespéré et que je ne survivrai pas. Pour moi tout va bien, je découvre avec stupéfaction l'envers du décor, je vagabonde sans contrainte, sans appréhension, sans souffrance : il me suffit de penser à une personne et je suis en prise directe sur sa conversation ou sur ses pensées. Pourtant j'ai tout de même un corps mais version ligth, soft.

La très nette impression que de ce coté c'est la vérité, l'autre coté semble factice , limité , en prise avec le temps dans une direction unique. De plus les gens d'ici bas ne vous entendent pas, des poissons rouges qui n'entrevoient rien de ce qui entoure réellement le bocal.

Et puis il y a la preuve par 9 : cet examen. Une femme amène le matériel d'échographie, je m'adresse à elle en vain pour lui dire qu'elle devrait arrêter de me regarder de la cette manière et surtout de *penser* que je ne suis qu'un légume. Pourquoi celui ci porte t' il un logo CHU de Roanne sur sa blouse, alors que nous sommes à Thiers ? - Fais voir sa vésicule, c'est de la boue ... - Fais voir le foie , non mais t'as vu ce foie ! Enorme ! ce n'est qu'un œdème ce type ! - Le cœur ? t'as vu la taille du ventricule ? énorme pfuuuuu. Ouais, he ben c'est peut être pour ça qu'il est encore vivant...

Cette scène ? je ne pouvais pourtant pas en avoir connaissance : Vous n'étiez pas en état de percevoir quoi que ce soit et surtout pas des détails visuels. -Vous êtes de ceux qui on vu le tunnel ? la lumière ? ( goguenard et incrédule malgré le trouble visible.) Et puis il y a le "tribunal "dans une sorte de château médiéval avec cette cacophonie de gens pas d'accord ---> Pas jugé , mais puni quand même : il va faire du rab...

Les visions : sur mes années a venir, elles se réaliseront presque toutes sur 9 ans, il n'en reste qu'une ou deux, mais vu la précision des précédentes je sais qu'elles se vérifieront tôt ou tard. Elles concernaient pour la majorité ma vie à venir.

Ballade flottante, tranquille autour du CHU et enfin une rencontre avec un type qui me voit, m'entend, me* pense*. Il me donne le choix devant deux portes : Celle là, tu rentres chez toi, mais je te préviens cela va être dur. OK je rentre, je ne peux pas laisser Jeanjean et Jessica seuls avec leur mère. Le retour à mon corps est une horreur de souffrance, j'avais tout simplement oublié que c'était cela la vie, de la souffrance et de l'ignorance à 90%. Plus tard, ballade encore mais réintégration dans un autre corps avec d'autres pensées ( et pas les miennes ) : une femme ! L'expérience est incroyable, déroutante, elles pensent deux mille fois plus qu'un homme. Et ce sentiment de mère ? c'est proprement hors de portée d'un homme. Il me faudra beaucoup de temps pour me ré-accepter en tant qu'homme, y compris physiquement.

L'année de ma renaissance sera celle des changements fondamentaux dans mon comportement, mes valeurs, ma vision de la vie, de l'après vie, des hommes, du respect des autres. Presque dix ans plus tard, il n'y a pas un jour où je ne pense à cette aventure et où je me rassure en me disant que mon tour reviendra, je l'attends sereinement et je profite de ces jours "terrestres" ou tout du moins je les accepte, en essayant d'être meilleur et de faire partager mes certitudes, mais cela est très difficile de convaincre les autres à concevoir l'inconcevable.

Il me restera des capacités accrues au niveau de la perception de notre monde et un niveau d'intuitionnisme tout à fait record ( d'après un cabinet de recrutement suite à un test sur l'intuition ). Les années qui ont suivi cette expérience ne sont en fait que la partie désagréable de cette épisode, une vraie galère liée à ma transformation comportementale, à mes certitudes inutiles et stériles. Aujourd'hui je me demande si je ne me suis pas trop restreint dans cette transformation initiée par l'expérience fondamentale, si je n'ai pas inconsciemment limité ma capacité à percevoir, dans le but de moins souffrir. Je devrais engager un travail sur moi même dans le temps qu'il me reste à passer de ce côté.

Nicole Canivenq


«Mon nom est Nicole Canivenq, j'ai 38 ans et  je vis près de Montpellier en France.

Avant de vivre cette expérience, j'étais plutôt une personne gaie, optimiste, concrète et rationnelle, avec un bon sens des responsabilités et le goût de postes d'encadrement et de motivation d'équipes (c'était important pour moi d'aider les autres à se surpasser dans leurs résultats). J'ai toujours travaillé dans le secteur commercial d'abord en tant qu'attachée commerciale puis à des postes d'encadrement d'équipes de ventes. Je voulais « réussir » dans la vie et cela passait par une carrière professionnelle pour être « reconnue » comme quelqu'un d'important et de valable. Mes priorités étaient liées aussi au secteur associatif puisque je faisais partie de diverses associations à vocation humanitaire. J'étais aussi bénévole pour animer des émissions de radio et cela me plaisait beaucoup.
Le 6 mai 2003, j'ai eu un accident grave de voiture, j'étais seule au volant de ma voiture quand tout est arrivé. Je circulais sur une route nationale entre Brive et Souillac, je rentrais à mon domicile après avoir passé un entretien pour un emploi de formatrice à la Chambre de Commerce de Brive (France). J'étais plutôt contente et bien dans ma peau car l'entretien était favorable pour des vacations (des missions ponctuelles où l'on anime des sessions de formation) à venir. Il devait être 12H30 et j'ai pensé à téléphoner à mon ami pour le prévenir de mon arrivée imminente mais je ne l'ai pas fait car j'ai songé que cela était dangereux de chercher mon téléphone portable et de téléphoner en voiture. De toutes façons, je n'étais plus très loin, peut-être une dizaine de kilomètres tout au plus ... Et puis soudain, tout s'est brusquement arrêté.


Ensuite je n'ai aucun souvenir. Il n'y a pas eu de témoin du moment de l'accident et donc on ne peut plus savoir ce que j'ai vu ou fait à ce moment là. J'ai en tous cas quitté la nationale et foncé dans un arbre sur le bas côté de la route. Ma voiture a dû effectuer des pirouettes car elle était dans le mauvais sens par rapport au sens de circulation de la route.

J'ai vu un très beau gazon vert, d'un vert parfait, lumineux, harmonieux. L'herbe était parfaitement taillée, c'était très beau. J'étais là mais je ne me voyais pas, je pense que je n'avais pas de corps. Et puis des « êtres » blancs plus ou moins définis dans leur forme apparurent au loin dans cette clairière et ils s'avancèrent vers moi en riant. Il y avait devant sur une « première ligne » si l'on peut dire, des êtres de petite taille. On aurait pu dire des « enfants » et derrière eux un peu plus loin, des êtres grands, peut-être des « adultes ».  Ils n'étaient pas vraiment avec un corps comme nous mais une sorte de forme qui ressemblait à un corps. Ils étaient d'un blanc transparent, lumineux et beaux. Il rayonnait d'eux leur rire clair joyeux, merveilleux…comme un carillon, très gai. Ils venaient vers moi en riant et c'était merveilleux. C'est comme si j'étais accueillie par ces êtres de lumière. J'ai été envahi à leur arrivée d'un sentiment d'Amour indescriptible avec des mots. Comment expliquer l'inexplicable ? C'était de l'Amour à l'état pur, comme je n'en ai jamais connu sur la Terre. Un amour absolu, inconditionnel, éternel pourrais- je dire, total. J'étais heureuse, très heureuse, sereine, en paix et dans une sorte de béatitude comme jamais je n'en ai connu auparavant. Les mots ne peuvent dire ce que j'ai connu dans ce moment ineffaçable de ma mémoire. Les sensations sont si puissantes et en même temps si difficiles à expliquer avec notre vocabulaire ici sur Terre. C'est une expérience inoubliable de l'Amour inconditionnel et de la Joie. Je voulais rester avec eux.

Je n'ai pas connu le « tunnel » dont beaucoup parlent ni même le « panorama de vie ». Mon expérience a été directe dès que je me suis retrouvée sur ce gazon. Très vite les êtres blancs sont apparus au fond de la clairière et ils glissaient vers moi. Ils semblaient très légers, tout comme moi. Ils devaient être environ une dizaine en tout et je ne les « connaissais » pas au sens de membres connus sur la Terre mais bien sûr je les connaissais d'une autre façon. Je n'ai pas du tout eu peur. Au contraire, j'étais comme retournée chez moi, dans notre vraie demeure.  L'émotion connue ce jour là est d'une intensité indescriptible avec les mots.

Pour ce qui est de mon retour dans mon corps, je pense - mais c'est ma supposition – que c'est les pompiers qui ne m'ont pas lâché et donc pas laissée partir vraiment. Car lorsque j'ai ouvert les yeux (ils me harcelaient pour je les ouvre, pour je regarde) j'ai vu le volant tout déformé de ma voiture, la douleur immense m'a totalement submergée avec une violence horrible dans tout le dos, les omoplates, le cou et je n'avais qu'une envie : refermer les yeux. Mais durant tout le temps de la désincarcération, un pompier était dans l'auto avec moi sous une couverture (pour les débris de verre m'avait il expliqué) et il me tenait la main et me répétait d'ouvrir les yeux encore et encore. C'est à ce moment je crois que je suis vraiment revenue… Là aussi ce fut très brutal pour moi de passer de la béatitude et l'Amour à la réalité horrible de la douleur et de la gravité de ce qui m'était arrivée car j'ai compris tout de suite que c'était lourd et grave.

Le retour à la réalité fut très long et difficile pour moi. D'abord j'ai dû être soignée et cela a pris un an entre l'hôpital et la rééducation puisque j'ai frôlé la tétraplégie (fractures de vertèbres multiples et instables, épanchement au poumon gauche et dix côtes cassées). Je n'étais pas opérable et on a dû laisser faire la Nature. Je crois que j'ai parlé de mon expérience à ma mère à l'hôpital une fois au tout début en soins intensifs. Puis c'est comme si j'avais tout oublié. En tout cas j'ai mis tout cela dans un coin lointain de ma tête. Personne n'a  vraiment pu m'aider pendant longtemps car je n'osais pas y penser ni même en parler. Puis l'an dernier, les choses sont revenues fortement à mon esprit d'autant que j'ai connu encore des épreuves : rupture sentimentale, licenciement pour inaptitude physique, statut de travailleur handicapé, dépression, perte de revenus… La vie sur Terre n'avait aucun intérêt pour moi et j'ai été très nostalgique de ces êtres et de cet Amour total et merveilleux.

Puis une fête m'a beaucoup aidée à ressentir que la vie sur Terre peut être autre chose que ce que la société actuelle nous propose (voir nous impose) : c'est les journées de la Paix, fête libre et sans contexte religieux. J'ai vu la vie sous un angle enfin beau, avec la vie qui simplement s'écoule dans la nature, avec les cercles de paroles pour échanger entre êtres humains… Cela m'a fait un déclic et je me suis rapprochée – dans mes lectures et centres d'intérêts – des premiers peuples autochtones en particulier les Amérindiens que je trouve extraordinaire dans leur sens du Sacré et leur connexion à la Terre. C'est eux qui m'ont redonné le courage d'essayer de vivre encore ici sur la Terre. J'ai été longtemps perplexe d'être « revenue » sur Terre car je n'ai pas d'enfant. Je n'avais pas de raison particulière d'avoir choisi de revenir. Je me demande encore aujourd'hui si j'ai fait ce choix réellement ou si « ils » ont décidés qu'il fallait que je revienne pour faire quelque chose sur la terre. Dans mon souvenir, je voulais rester avec eux pour toujours, l'énergie d'Amour reçue est si belle.

Puis j'ai lu mes premiers livres sur ce que l'on nomme les NDE (Near Death Experience) avec le livre du Dr Moody en premier que j'ai acheté l'an dernier pour mon Noël. Cela m'a bien sûr rassurée de savoir que je ne suis pas seule à avoir vécu cela car même si c'est une expérience extraordinairement belle à vivre, le retour sur la Terre est extraordinairement dur à subir. C'est comme quelqu'un qui connaît un bonheur immense et qui perd ce ou la personne qui lui a fait vivre ce bonheur merveilleux. Le choc est total.

L'impact de cette expérience est de toutes façons énorme même si je pense que je n'en mesure pas encore toutes les conséquences à venir. Mes valeurs ont tout à fait changées et l'argent n'est plus un centre d'intérêt majeur, ni donc la réussite sociale. Pour moi, cela est terminé, ce n'est plus ma quête. Je suis très orientée vers les thérapies, ce qui peut guérir l'être humain et j'ai commencé l'an dernier en septembre une formation pour devenir sophrologue. Je travaille aussi actuellement sur un mémoire à l'université de Montpellier sur l'impact des émotions.

Mes relations ont évoluées aussi et je suis plus intéressée qu'elles soient équilibrées, dans le partage équitable du donner et du recevoir alors qu'avant je me laissais parfois embarquer à donner sans recevoir grand-chose (en amitié). Avec ma famille, je pense que les évènements ont été choquants et que cette NDE que j'ai vécue est encore un peu « mystérieuse » pour certains membres. Peut être n'y croient-ils pas ?

Mes centres d'intérêts ont évolués et je m'oriente nettement vers les traditions chamaniques dans lesquelles je trouve pour l'heure une grande inspiration et une grande aide pour concevoir la Vie de façon beaucoup plus vaste qu'une pauvre vie isolée. Je pense aller rencontrer des tribus et vivre du temps avec eux. C'est important pour moi de trouver l'authenticité et ce qui est juste.

La mort pour moi n'était déjà à priori pas une fin en soi.  Aujourd'hui au vu de ce que j'ai vu et connu, il est clair que la Mort n'est pas du tout une fin. Au contraire, c'est le passage vers un nouvel état. Peut-être (sûrement) une conscience aigue des énergies qui nous aident comme l'énergie de l'Amour au sens noble et pur de ce terme qui est tant malmené ou utilisé pour manipuler l'autre sur terre. Je n'avais pas peur de la mort avant cette expérience et maintenant bien sûr, je n'ai plus aucune crainte de mourir. C'est presque même la récompense de passer à un autre état d'être. Par contre je n'ai pas d'idées morbides ou de suicide même si je peux me languir de ces êtres régulièrement. Je me dis qu'il y a une raison à mon retour et que je vais la découvrir.

Ce qui me semble prioritaire est d'être sincère et de parler vrai avec tous les gens que je rencontre, de ne pas être dans un rôle social, d'être juste moi, qui je suis maintenant avec mon vécu même s'il est lourd à porter parfois. Je ne veux plus être une image ou répondre aux projections des autres pour moi, je veux juste tenter d'être libre et vraie.

Je parle encore plus facilement avec des inconnus parce qu'une parole éclairante peut être essentielle pour quelqu'un qui en a besoin. J'essaie de ne pas subir mes peurs et de trouver la Voie du Cœur dans mes choix aujourd'hui et non plus celle de la pure raison qui est triste et limitée je crois.»


Été 1984, Paris.


Je me trouvais chez moi dans une période d'incertitude après la décision de cesser de naviguer et un accident de moto qui avait bien failli me coûter la vie. Passablement grippé alors que la canicule étouffait la ville, je ne trouvais qu'à me plaindre de ma condition de chômeur fiévreux. Le pharmacien me conseilla, effaré par ma tenue vestimentaire hors de saison, de consulter au plus vite un médecin. J'envisageais donc d'aller aux consultations d'urgence du quartier et ce dès le lendemain matin si ma situation ne s'était pas sensiblement améliorée au réveil…

A l'endormissement, l'état fébrile de la journée avait laissé place à un sentiment de sérénité tant psychique que corporel. Néanmoins, je ne basculais pas dans le sommeil comme à l'accoutumée ni ne m'y laissais doucement dériver car immédiatement une "nouvelle" sensation de régression physique me saisit…

LA RÉGRESSION

Je réagis alors d'une manière volontariste : laisser passer cette salutaire occasion se présentant à nouveau d'aller au fond du problème serait un atermoiement irrémédiable. Je dis donc simultanément un "oui" téméraire à l'expérience offerte et un "non" présomptueux aux conseils prodigués précédemment par mon amie. Plus que la simple acceptation d'une solution envisageable à mon oppression, c'est avec l'énergie d'une volonté farouchement désespérée d'en finir avec cet état de mal-être que je réaborde cette fois le processus. Une partie du chemin m'en est déjà connue et le sentiment de dédoublement qui y est associé aussi, j'en redoute d'autant plus une issue indicible.
Les précédentes étapes sont reparcourues et à ma brève surprise, dépassées dans un même continuum régressif accéléré. La visualisation s'effectue cette fois dans une absence corporelle complète car je suis allongé et détendu dans l'obscurité. Le "film" se déroule sur un fond lumineux identique à la perception de la lumière du soleil à travers les paupières closes. Après le stade infantile de 82, se présente à nouveau l'étape fœtale de 83 puis un magma cellulaire laisse place en s'amenuisant à un monocellulaire! Je comprends alors confusément que cette régression m'entraîne au-delà d'une mémoire intra-utérine présupposée biologiquement accessible.
Durant cette régression je ne suis qu'expectative émerveillée, bien qu'oppressé, de ce revécu biologique mais je suis in fine déconcerté par les apparitions consécutives, bien que quasi simultanées, de deux taches semblant clore le processus. L'une est rouge sang, l'autre blanche comme lait et leurs présences superposées me semblent incongrues car non biologiques stricto sensu. Elles sont apparues comme issues de simples gouttes projetées sur ce même fond lumineux, purement symboliques tant leur éclat est intense. Une obscurité absolue leur succède et le sentiment d'oppression qui s'est accru est enfin radicalement évacué pour laisser place à un désarroi profond! Pendant un bref instant je peux me croire réveillé dans ma chambre et sorti d'un rêve fiévreux.
Cette première phase s'était déroulée comme la séquence d'un film rembobiné en accéléré, ne me laissant guère le loisir d'arrêts spéculatifs sur les images. Je scrutais vainement l'écran mais la salle de projection était plongée dans l'obscurité et du rôle de spectateur captivé je passais à celui de projectionniste improvisé…

LA NUIT OBSCURE

Des ombres fugaces et désordonnées semblent traverser en tous sens ce nouvel environnement comme venant à ma rencontre sans pour autant y parvenir. Elles disparaissent rapidement, je suis resté sans réactions si ce n'est tendu et vigilant dans une sorte de défiance instinctive.
Après cette régression brutale, la quiétude de ce néant qui s'instaure m'apaise quelque peu, juste le temps de réaliser brièvement que je suis arrivé au terme du processus volontairement déclenché… “il y a combien de temps déjà?” Je ne suis plus qu'une conscience flottante et culpabilisée d'avoir cette fois poussé trop loin le bouchon : “je n'ai plus de corps?” Je tente de distraire mon effarement par l'observation de ce qui m'entoure, c'est à dire le néant! Cet environnement n'a pas plus de dimension qu'une nuit sans étoiles mais je parviens néanmoins à percevoir peu à peu d'innombrables présences, au loin. Hésitant sur leurs natures, amies ou ennemies, je n'ose manifester la mienne, réduite à un point de conscience, et encore moins aller à leurs rencontres.
Mon état de "non-être" me sécurise à la manière des enfants qui se cachent les yeux pour ne pas être vus : immobile, j'observe l'espace infiniment mais invisiblement peuplé. Je prends conscience de la puérilité de mon attitude en réalisant que je n'aperçois pas mais perçois des présences. La réciprocité soudain certaine de la situation m'angoisse passablement, l'invisibilité n'étant plus une sécurité, l'absence de corps n'offre plus que l'inconvénient d'une situation inédite. Je saisis alors que ces présences, loin d'être dangereuses sont en fait comme bien trop affairées pour se soucier de mon intrusion.     Cette constatation me rassérène quelque peu et relance mon observation : “que font-elles donc exactement?” Elles semblent attelées à des taches spécifiques monopolisant toutes leurs énergies dans une concentration absolue. C'est probablement cela qui m'intimide le plus, je crains maintenant de les déranger et de voir ainsi leur distante neutralité se muer en colère à mon égard.
J'entends comme un chant accompagner leur labeur sans parvenir à déterminer si leur fonction est en fait de chanter ou si c'est le produit de leur effort qui crée ce qui devient une symphonie. Je suis trop sidéré par la variété infinie de ces chants d'action et la magnificence de l'ensemble pour m'apercevoir que proche de moi se tient un être. Ma tristesse de n'être plus qu'une conscience inutile et hors-jeu est alors distraite par cette apparition.
De la nature exactes des activités de ces présences affairées et lointaines comme des étoiles voilées à des millénaires d'années lumière, je n'en saurais que la bienveillance si proche qui me permis d'évacuer le désarroi relatif à mon nouvel état…

LE DOUBLE DE LUMIÈRE

L'être se tient à quelque pas devant moi, légèrement sur ma droite, son intense luminosité qui a détourné brusquement mon regard décroît avec ma crainte. Il n'irradie plus qu'un peu de lumière dans cette obscurité que rien n'avait pu percer jusqu'alors. Ordinaire hormis les circonstances et son aspect ectoplasmique, sa banalité relative me rassure, seul son regard grave semble m'inviter à le suivre comme par télépathie. Il paraît m'attendre depuis longtemps bien que son apparition ait été soudaine dans mon champ de vision. Lorsqu'il se détourne déjà de moi pour amorcer un envol flottant mais rapide, je suis trop abasourdis pour faire autre chose que de le suivre: “mais… c'est moi!”
Immédiatement je me persuade que je suis en train de rêver et que ce dédoublement est celui d'une distanciation onirique où le dormeur néanmoins conscient s'observe rêveur et agissant. Vaguement rassuré sur la nature de tout ce qui à précédé mais guère sur ce nouvel aspect de moi-même, je plane à mon tour bien décidé à rêver à la traîne de ce guide impromptu, son attitude d'indifférence patiente à mon égard est plutôt confortable. D'ailleurs ne me suis-je pas endormi quelques temps fiévreux auparavant… combien n'importait déjà plus.

Ce guide-double sans qui le voyage entrepris se serait avéré encore plus difficile qu'il n'était envisagé à l'origine : sa discrétion modeste m'a permis de ne pas m'effaroucher de sa présence et ainsi de me faire découvrir par moi-même des paysages dont je n'aurais jamais su rêver. Le film pouvait reprendre dans le soulagement de son spectateur…

LE MAÊLSTROM ET LE TUNNEL.

Ce fut d'abord une plongée en piqué comme à la suite de mon double vers un mælström sombre et rugissant dont je ne garde que peu de souvenirs si ce n'est l'intensité chaotique outrepassant les limites psychologiques supportées préalablement lors des phases de régression et de néant. Mais puisque le drame thérapeutique s'était mué en un simple cauchemar, les enjeux étaient désormais oniriques et ma capacité à passer les caps difficiles décuplée. Elle fut néanmoins près de céder lorsque dans un ultime siphon qui me ramenait doucement vers des espaces moins turbulents, je crus bien avoir perdu mon guide et ce qu'il me restait de conscience. Il m'avait devancé et m'attendait simplement pour continuer et sans plus tarder : j'étais exténué! Cette débauche d'énergies déchaînées m'avait laminé quoique séparé de ma nouvelle identité corporelle, mais cette dissociation ne m'avait-elle pas plutôt permis de tenir?
Les perceptions sonores et visuelles si déchirantes et si brutales qui avaient précédé firent alors place à un déploiement majestueux de "sons et lumières" savamment ordonné. Tout n'était qu'un rayonnement aux fréquences multiples dont les variations passaient de la lumière la plus pure à des couleurs irisées, donnant naissance à des sons qui s'alourdissaient en vibrations frôlant ainsi la matérialisation…. Tout n'était qu'un rayonnement dans le quel nous baignions et progressions indéfectiblement mon double et moi, tantôt distants ou tantôt plus proche… Tout n'était qu'un rayonnement et un long cheminement émerveillé durant lequel je pouvais à loisir me rapprocher de mon double lorsque qu'une frustration de sensualité perceptive me tenaillait car pour ressentir pleinement il me fallait passer par son corps si lumineux… Tout n'était qu'un rayonnement et immédiatement rassasié par tant de beautés offertes, ma conscience reprenait ses distances de son médium afin d'en filtrer ses perceptions abasourdies… pour récidiver quelques instants plus tard… Tout n'était qu'un rayonnement et je ne sais plus quand je m'en suis lassé pour réintégrer cavalièrement mon double de plus en plus lumineux… J'ai alors su ce vers quoi il me guidait et que je pressentais, c'était mon interrogation qui m'avait fait rompre le charme, le rayonnement m'enveloppait à présent comme un tunnel et à son extrémité resplendissait sa source éclatante en guise de réponse.
    Cette réincorporation marqua la fin de la séquence touristique et le passage du spectateur à l'acteur. La visualisation de la "lumière au bout du tunnel" me rappela immédiatement une ébauche de conversation sur ce thème avec ma mère. Elle avait assisté à une émission TV où des  expérienceurs  racontaient leurs NDE, le sujet m'avait semblé incongru et malsain, je l'avais éludé.

LA LUMIÈRE

Ce à quoi j'allais aboutir assurément était la pénétration dans un nouvel espace incandescent et inconnu signifiant ma mort, je ressentis alors une vague nostalgie pour mes projets et mon amie, lointains souvenirs. Mais je compris plus clairement qu'il s'agissait avant tout de mourir à moi-même et d'abandonner tout autre préoccupation pour répondre à un appel d'amour. Je savais que cette ultime étape serait irrémédiable sans pour autant signifier implicitement ma fin, plutôt une transformation radicale nécessitant un nouveau "oui" encore plus inconditionnel que le premier. J'avais donc mon libre arbitre face à cette puissance qui ne me demandait qu'une adhésion à une dissolution fusionnelle plutôt qu'une crémation sacrificielle. Cependant cette nouvelle étape me semblait infinie et l'amorce d'une autre histoire pour laquelle mes ressources étaient vraisemblablement épuisées pour ce soir-là! J'hésitais et renouais avec ma culpabilité en me remémorant brièvement tout le processus qui avait précédé, je tentais de tergiverser en cherchant à comprendre le sens de ce rêve. “Si c'est cela que l'on appelle Mort qu'elle est donc belle à vivre!” pensais-je vaguement incrédule, puis immédiatement après comme pour me rassurer : “non, ceci n'est qu'un rêve de mort ou d'autre chose…”
Je m'aperçus que cette course folle dans le rayonnement avait considérablement ralenti depuis que j'avais réintégré ce corps lumineux. Car en fait plus je tentais de réfléchir plus je freinais mon approche de la lumière et il me semblait qu'avec elle une nouvelle dualité s'instaurait. Trouvant son éclat trop puissant, celui-ci décrut comme à l'écoute de ma doléance et je pus comprendre très nettement qu'il était la source originelle du rayonnement formant le tunnel dans lequel j'avais pu cheminer jusqu'à elle. La distance pouvait s'amenuiser sans la crainte de pénétrer cet espace lumineux faiblissant et d'ailleurs il commençait à se dissocier de son rayonnement. L'extrémité du tunnel de lumière me semblait maintenant obturée par un mince voile de lumière pâle se présentant comme convexe en ma direction. Je réalisais soudainement que ce chemin suivi n'était que le mien, un parmi tant d'autres, et que compte tenu du peu de courbure qui se présentait à moi je ne faisais qu'entrevoir la faible section d'une sphère immense. Cette déduction rationnelle me fit sourire sur le coup mais à cette conclusion tout le rayonnement environnant disparu soudainement, me laissant sidéré, seul, face à cette sphère spéculée dont l'échelle était quasiment d'ordre solaire!
La même puissance d'amour se dégageait toujours de cette immensité en veilleuse que de son éclat primitif saisi lors de son premier aperçu partiel. Un dialogue immédiat s'établit avec elle afin de trouver un point d'équilibre dans un ratio luminosité/distance. C'était mon désir qui guidait cette danse et mes déplacements en étaient instantanés, parfois lointains : je fis même une circonvolution complète comme satellisé par cette sphère de lumière. En expérimentant ces éloignements à des "échelles planétaires", je pus percevoir d'autres luminosités plus lointaines et différentes dont le souvenir reste imprécis mais je revins inexorablement jusqu'à toucher la sphère initiale. Je savais que je ne faisais que jouer les prolongations après avoir répondu par un "peut-être" à la demande qui m'avait été faite précédemment. Une question s'imposa alors très clairement à moi avec une bienveillance amusée : “stop ou encore?” Je dus convenir de mon incapacité à pénétrer cet espace de lumière tant je m'en sentais indigne et me jugeais intrus. A regrets, il me fallait choisir de me réveiller ne pouvant plus poursuivre ce rêve, l'alternative du mystère de cet amour avait eu raison de ma curiosité, cette essentielle et ultime étape était différée pour cause d'immaturité, dans le souci d'une longévité à préserver!

Des faits décrits jusqu'alors, je n'avais aucune connaissance livresque avant leur expérimentation spontanée. Les récits de NDE m'étaient étrangers parcequ'à priori suspects, l'au-delà relevait des mystères de ma tradition catholique reléguée dans l'irrationnel, le siège de la conscience était cérébral et non une "âme" aux velléités migratoires…

 A l'entrée de la Lumière m'apparurent des figures éclatantes et longilignes, écrasantes de perfection en dépit de leur bienveillance amusée: "tiens, mais qu'est qu'il fait ici, celui-la?" me suis-je entendu dire! Elles étaient d'un nombre que je ne sus définir tant ma terreur devant leur grâce, leur équanimité, leur omniscience me sidérait: elles semblaient "incarner" ou du moins manifester tous les attributs du divin. Une pâle "représentation" en serait la célèbre icône de la Trinité du peintre Andréï Roublev mais elles étaient plus de trois et semblaient se tenir debout. Je ne pus que balbutier: "ne faites pas attention à moi, je ne fais que passer (sic), je veux voir la lumière!". Ces "Archétypes" disparurent alors comme se fondant dans la Lumière, s'effaçant tandis que je poursuivais mon incursion.
La Lumière semblait rayonner une infinité de points lumineux de taille s'amenuisant jusqu'à celle de têtes d'épingles pour finalement faire un avec leur source. Je finis par me stabiliser dans cet espace infiniment calme et dans cette station je demeurais dubitatif: "et alors, c'est tout?". En guise de réponse il y eut soudain une turbulence traversant  l'espace de droite à gauche et mon Double qui se tenait derrière moi depuis le début de cet étape (contrairement  aux précédentes) m'informa alors:" pas encore, tu n'es pas prêt". J'eus la sensation qu'il plaçait ses mains devant mes yeux et tandis que mon trouble augmentait, je ressentis au cœur de cette nuée que je ne pouvais plus voir comme une colère, une souffrance terrible d'agonisant…
Cet épisode insupportable passé, je fus convié par mon Double à contempler ce qui m'apparu comme la structure de la Lumière: en fait une infinité de sphères s'imbriquant à la manière des "poupées russes". Il était clair que chaque passage d'une sphère à une autre demandait un dépouillement plus radical encore que les précédents et la poursuite de cette aventure s'arrêterait là. Par contre, il me fut possible de renter et sortir de la Lumière pour expérimenter  et curieux phénomène: si à l'intérieur je percevais l'infinité des sphères, à l'extérieur et à des distances sidérales je pouvais percevoir leur multiplicité! Infinité et multiplicité toutes relatives car comme avec les "Archétypes" mon trouble ne m'autorisait pas un décompte précis: six, sept, douze?… J'étais déstabilisé par la constatation de l'ambivalence des points de vue internes-externes: la perception de la même structure imbriquée ou déployée me posait un sérieux problème de "logique conventionnelle".

LE RETOUR

C'est le son de ma voix, tout d'abord lointain puis comme perçant l'obscurité qui entourait la luminosité, qui guida mon atterrissage. Je m'éveillais tout à fait lorsque mon hurlement me devint insupportable, me revint alors en mémoire le conseil de mon amie : “crie pour sortir de là”. De la position de départ, couché sous la couette, je me retrouvais debout face au mur, mes ongles lacérant le papier peint. Je me recroquevillais dans un angle, silencieux, la tête encore sonnante et avec pour ultime image celle de mon corps de lumière se tenant au seuil de la luminosité dans une attitude d'orant. Je ne comprenais soudainement strictement plus rien à ce qui s'était déroulé et la seule explication rationnelle que je trouvais à me proposer était celle de l'éventualité d'un cataclysme atomique! Durant quelques instants je me crus mort, fantôme au milieu de ruines, condamné à errer dans les décombres du passé, ne subsistait plus qu'une nostalgie profonde. Où se situait désormais la "réalité"?
Mes voisins réveillés par le tapage se chargèrent d'accélérer le processus de retour en criant dans la cage d'escalier “à l'assassin” et menaçant d'appeler la police! Je me gardais bien de réagir, trop terrorisé pour pouvoir fournir des explications cohérentes, je fis donc le… mort et attendis que l'immeuble se rendorme pour appeler mon amie. Sa voix ensommeillée me rassura, son écoute attentive de mon cauchemar aussi, ses conclusions me laissèrent néanmoins perplexe : pourquoi me conseillait-elle donc d'aller en librairie plutôt que chez le médecin comme projeté et d'y dénicher une édition du "Livre des morts tibétain"?

Paris, été 1984.

DIX ANS: ÇA SUFFIT?

Durant les années qui suivirent je tentais de renforcer la conviction d'avoir vécu un état altéré de conscience et me refusais à toute interprétation autre que psychophysiologique. Cette position n'était pas plus défendable que celle adoptée durant l'expérience et consistant à me persuader que je ne faisais que rêver mais elle respectait et gérait au mieux mes limites psychologiques qui avaient été largement outrepassées. Je ne lus jamais le Bardo Thödol, faisant un large détour dans les librairies à la vue du rayon spiritualité, parapsychologie & Cie : j'entretins une attitude circonspecte. J'entrepris néanmoins une thérapie ayant particulièrement ressenti durant cette expérience mes travers psychologiques : sentiments de culpabilité et difficultés à appréhender l'amour. Je me séparais de mon amie et d'autres aussi, je me reconvertis dans l'informatique, me préoccupais de ma situation socioprofessionnelle sans toutefois jamais réussir à prendre les avatars qui suivirent bien au sérieux. Souvent on me fit grief d'une certaine absence aux autres et aux événements, à défaut d'avoir pu résoudre cet absentéisme chronique, la psychothérapie me fournit en son temps des interprétations tout à fait acceptables socialement. Elles trouvèrent leurs limites lors du suicide d'une amie d'université, cet événement me fit sortir, non sans heurts, de ma torpeur matérialiste et d'un certain dilettantisme affectif. La "crise du mitant" venant avec la "mise en quarantaine", le souci d'une convenance s'est amoindri et demeure la nostalgie d'une vérité à approfondir…
Provence, automne 1994.

Deux expériences de mort imminente au seuil de la vie par Cédric Lemoine © 2002.


Seul le nom de la personne a été changé afin de préserver sa vie privée. Les deux récits biographiques qui suivent, et qui sont authentiques, apparaissent — mis en perspective — dans un livre : «Nirvana, le réveil des oiseaux», 264 pages. 
Les personnes intéressées pourront se procurer cet ouvrage auprès de l'éditeur à l'adresse suivante : Marc Bosche, Le Venteuil, F-63640 Biollet, ou par courriel.
Depuis mai 2005, ce roman est en ligne, en accès libre et texte intégral sur: http://encyclopedie-du-bouddhisme-2.blogspot.com/



«Il constata, en y entrant, qu'il s'agissait d'un puissant jaillissement qui s'élançait, comme d'une source vive [...], pour retomber dans le poudroiement de milliers d'étincelles [...] ; cette jaillissante colonne avait l'éclat splendide de l'or en fusion ; rien, pas le moindre murmure ne se faisait entendre : cette grandiose féerie baignait dans un silence saint. » 

AVRIL 1998.

On m'envoya à l'Hôpital Public afin d'y faire les analyses. J'étais dans une période d'asthénie et d'épuisement. Là, à cause d'une grève, je restai sans pouvoir boire, allongé sur la civière. Sans nourriture depuis le matin, mais surtout sans eau, mes dernières forces, déjà entamées par cette journée épuisante, s'étaient donc enfuies. Sur ma civière, entre veille et sommeil, je me sentis partir, c'était donc cela la mort me dis-je, détaché. En effet sans la moindre peur, ni la moindre douleur, je percevais un grand bien-être dans ce hall d'hôpital, comme si je comprenais intimement que c'était un endroit utile. J'étais lucide, et j'entendais distinctement et précisément les conversations autour, et me souviens encore convenablement aujourd'hui de leurs sujets. Il y avait de grands posters représentant des paysages d'îles tropicales au mur. Je pressentais même le rayonnement d'une machine de radiographie située à quelques mètres de moi. Mon pauvre corps ne réagissait plus, et je me sentis en quelques instants m'élever à plus de deux mètres au-dessus de mon corps. Il ne subsistait presque plus de lien avec lui.
 Me voilà flottant comme un nuage d'or invisible dans ce hall à haut plafond, au-dessus du faible corps abandonné, sans personne pour s'en occuper, à cause de la grève du personnel. J'étais donc en train de mourir ici, sans attirer l'attention, et je partais uni à ce rayonnement doré et noble, à cette présence « céleste », « sacrée », si bienveillante et consciente, mais diffuse et sans doute invisible aux yeux des autres. L'expérience était réelle et pas hallucinatoire, j'en avais la certitude. Le temps passa, ou s'arrêta, mais je ne pouvais en apprécier le cours, il me sembla que les instants se faisaient spacieux. Je sentis que je venais de dépasser une limite, de franchir un point de non-retour... Il me fallait suivre cette réalité rayonnante, joyeuse, paisible, tranquille, unifiée et douce dans ses « mondes », peut-être, dans son propre voyage, me fondre en elle, m'y dissoudre, ou m'y adjoindre comme un peu de sa lumière, et laisser ce corps et cette vie désormais. Cette lumière d'amour, d'une qualité pas tout à fait « terrestre », était donc une des clés de vie. Car même mourant dans mon corps, j'étais toujours bien vivant dans ce plan subtil, et comme heureux de l'être. Ayant imprégné discrètement mon corps, sa matière organique, ce rayonnement ineffable, inconditionnel, non-référentiel, cette énergie de grand respect et de haute valeur, avait donc donné à l'humain que j'avais été sa véritable humanité, en lui étant prêté pour la durée de son existence... Je pouvais ainsi me reconnaître dans cette parenté, et apprécier ce que j'étais : un être mis au monde par le soin ou par l'entremise de ces présences plus conscientes et plus parfaites, ou plutôt de cette présence singulière, une, silencieuse, lumineuse et presque placide... À la fois un peu matière, mais aussi un peu énergie et un peu esprit, le nuage doré et diffus était-il aussi un artefact, une bouffée de vitalité profonde libérée par un art ou une science de la vie qui me dépassait ? Impossible de le savoir. C'était un peu de moi qui retournais vers cela ou plutôt vers Celui-ci. Mais qu'elle fût naturelle ou qu'elle fût produite par une « science-art-sagesse » extra ou supraterrestre, la majesté de cette douceur était celle d'une conscience beaucoup plus vaste et bien plus évoluée que la mienne. Voilà ce que je découvrais à ma manière. Pour moi aussi, ce départ de la lumière de la conscience hors du corps, signifiait la fin de ma vie physique. Mon espace et mon temps humain étaient caducs ici, dans cette ouverture et cette lumineuse absence de forme fixe. 
Je n'avais pas d'émotions à ce sujet, même pas un regret, juste une évidence. La compréhension était claire. La pensée, très vigilante et paisible. Il ne pouvait pas s'agir de schizophrénie, il n'y avait d'ailleurs pas de souffrance, ni de distorsion de la perception. La réalité était perçue de manière assez complète et l'image de mon corps n'en était pas affectée. Il ne s'agissait pas non plus d'un de ces phénomènes d'autoscopie où des malades mentaux se voient parfois eux-mêmes à distance, je ne percevais aucune dépersonnalisation, étant au contraire vraiment présent en ces instants qui semblèrent s'étirer... Enfin il ne s'agissait pas d'autosuggestion, visiblement, puisque moi qui étais bouddhiste, je ne trouvai là aucune confirmation tangible de mes croyances. Nul bouddha blanc, rouge, vert ou bleu, ne m'attendait au-delà de ma vie humaine ! Quant à la doctrine de la réincarnation, à laquelle j'avais pourtant adhéré depuis longtemps, je n'en eus aucune confirmation, aucun indice, en ces instants... Il me fallait donc accueillir une évidence spirituelle sans étiquette, plus universelle, et très libre de mon propre conditionnement religieux. Enfin je n'arrivai ni au paradis, ni en enfer, ni dans un purgatoire ! J'étais, tout simplement, un peu de cette énergie « lumineuse », qui avait été immergée, incarnée dans cet aimable et fragile corps de chair. Elle rejoignait cette vaste lumière, sans visage, et cependant consciente à trois cent soixante degrés, de tout l'espace autour... Une bien belle rencontre, ma foi.
Mais un frémissement s'empara de moi : partir ou revenir, à nouveau la question se posait, et ce fut revenir qui m'attira vers le corps en bas, je retrouvai la conscience, revivifié, allongé sur la civière.


Deuxième expérience de mort imminente, trois mois plus tard (Je suis alors en période contemplative à la maison, dans une campagne paisible.)

JUILLET 1998

Les heures du milieu du jour sont encore au zénith. Je m'étends sur le tatami. La relaxation qui ouvre les portes de l'attention et du regard intérieur s'élève. Le souffle se ralentit. Le monde semble diaphane et les aiguilles de la pendulette sont comme arrêtées. Une brise flâne par les volets entrouverts. Quelque chose se passe. Un oiseau s'agrippe sur le chambranle de la fenêtre, et lance son chant : surprise. Il volette dans la chambre et, quelques instants, se pose sur ma mince couverture. Je sens ses petites pattes sur moi, à travers le coton blanc, et je ne bouge plus. Il chante ! Il chante dans ma chambre, perché sur moi ! J'aimerai garder ces moments, les voir s'étirer, et y faire, moi aussi, mon nid. Mais le temps attire ce visiteur ailé, qui s'envole et, mû par le phototropisme du soleil, jaillit vers le ciel pâle des chaleurs estivales. Le fil de ce rendez-vous avec les anges du bien-être continue cependant . Le principe conscient se meut alors. Comme soulevé par une activité qui lui serait propre, il s'immobilise au-dessus de mon corps. Ce dernier est à la fois sous le charme protecteur de cette nuée d'or tactile qui stationne à un mètre au-dessus de ma forme physique, allongée paisiblement sur ce lit blanc. La conscience est donc à la fois dans ce halo pailleté, et dans ce corps qui a un lien avec lui. On dirait que la sagesse de mon corps s'en est extraite pour quelques instants.
Je les contemple, intérieurement, depuis mes membres assoupis, comme un spectateur rivé à son balcon. Dois-je partir ? Ma vie est-elle achevée ? Les heures et les jours ont-ils trouvé ici leur achèvement ? Il me semble communiquer avec ce champ de conscience lumineuse, là, juste à portée de moi. Il se peut que ce soit une sorte de leçon. La vie est ici dissociée en sujet de lumière et en corps organique, afin de me montrer que nous ne sommes pas vraiment cette évidence de machine biologique pensante. Autre chose s'est mêlée, à nous humains, et nous donne la capacité de vivre. Ce corps de lumière sans forme qui luit au-dessus est doté des caractères de la sensibilité, et peut-être d'une certaine « connaissance ». Mais que sais-je, après tout, de la connaissance ? Rien de plus que cela : il est à la fois une essence de soi, et un aspect personnalisé d'une Humanité interdépendante et unie, de l'intérieur. Il appartient aux autres, mais il m'est personnellement accessible. Il est mon identité la meilleure sans doute, mais il est aussi le messager des autres, car eux aussi partagent cette sagesse et ce regard sans visage. 
Bien sûr je reconnais la métaphore que les Chrétiens, par exemple, adoptent pour rendre compte de leur foi, et peut-être, pour certains, de leur expérience. Il me faut aussi découvrir que le bouddha n'est pas loin, non plus ! Il est peut-être une image qui doit garder son sourire, puisque ce que je découvre, animé de ce souffle délicat de l'or conscient, est l'aimable visage de la paix. Mais, il m'apparaît aussi que le culte bouddhiste est une aimable restriction de la connaissance. Pour le bouddhiste que j'ai été jusqu'à cet instant, c'est la fin de la dévotion exclusive à la tradition asiatique : mon corps est mis au monde et accompagné par d'autres subtiles réalités, mais il n'est pas d'exclusive orientale. Car ce que je vois au-dessus de mon corps, ce qui sourit sans forme, cette lumière dorée et fluide, n'a pas de nom, de religion, de mot, ni de préférence. Il est donc sans valeur pour moi désormais d'affirmer un bouddha élitiste. Tout cela n'est qu'une question de dénominations, de vocabulaire, sans doute de foi et, en ce qui me concerne, sans aucune nécessité, dès cet instant que je vis, là. Je découvre de l'intérieur un peu de l'universalité de la condition humaine, une beauté, quelque chose de plus qui nous prolonge dans d'autres réalités, et la limpidité de son or volatil.
Je reconnais, en ces instants, la part de vérité que contient tant le bouddhisme, que le christianisme, que le judaïsme, que l'islam : il y a une relation subtile à tout le corps de l'humanité qui dépasse l'incarnation charnelle et sa limite des sens. Ce lien, cette intimité ne sont pas connus de notre science expérimentale. Il est donc naturel que je découvre aussi la valeur de l'agnosticisme : je ne trouve nul dieu à barbe blanche, nul credo de papier, nul dogme en lettres de feu, en ces instants. Il est bon aussi de regarder la vie sans religion, si cela nous ouvre à la réalité, à la bonté. Enfin les athées qui croient au corps, à la puissance de l'intelligence, à la force de notre volonté, de nos apprentissages, ont aussi leur bonne raison de croire en ce temps, ce corps, et ces opportunités qui vont de la naissance à la mort. Il me faut reconnaître que ma conscience est liée à la vie, à ce corps physique. Si je quitte cette enveloppe, si patiemment éduquée, nourrie, lavée et reposée chaque jour, ma personnalité disparaît, je ne suis qu'un souvenir pour quelques amis. Comment pourrais-je mobiliser l'intelligence, le sentiment, sans cerveau et sans cœur ? Comment pourrais-je éprouver le désir et la prudence, sans membres et sans mains ? Comment pourrais-je m'émouvoir d'une fleur de pâquerette, sans yeux, sans nez et sans lèvres pour y poser un baiser ? Les athées ont donc raison : il faut vivre. Il faut réussir. Il faut tailler une petite encoche dans l'univers, juste quelques décennies pour laisser une trace de lumière, pour avoir conquis le droit de se reposer... Tels des papillons diaphanes, nous n'avons qu'un seul printemps pour être. Tels des éphémères, nous ne possédons que le jour et la nuit pour vibrer et voler, pour toucher la chaleur et la fraîcheur, pour humer les senteurs de la nature et pour traverser l'univers. 
Ainsi se réconcilient le bouddhisme, le christianisme, le judaïsme, l'islam, l'agnosticisme et l'athéisme en ce moment au seuil de la vie et de la mort. Face à ce « soi » qui s'élève, et me montre que je suis imprégné de lui, sans que je le détecte d'habitude au quotidien, je vois bien que le corps a besoin d'autre chose que de nourriture et de thé. Il porte une autre réalité, peut-être un autre monde, d'autres évolutions. Me voici peut-être quant à moi dans la relation à quelque mystérieux, bénévole et anonyme « seuil. » Ne faut-il pas une présence attentive et sophistiquée pour me permettre ce long rendez-vous avec ce flot d'or impalpable ? Cette beauté se révèle, nue, en un halo de luminosité majestueuse. La science a cependant raison, je le sens, de ne pas exposer ces mystères du « soi » : ils seraient dévoyés. On en ferait des expériences à médiatiser, une banale technique du marchandisage... Alors je remercie discrètement les scientifiques de ne pas encore savoir que le corps est la partie dense d'un monde subtil, sage, complexe, multiple et uni tout à la fois, infiniment plus évolué que notre esprit humain... Ils protègent chacun, dans sa fragile évidence, de cette manière, dans ce silence qui est gardé sur l'essentiel... Mais, en ces minutes initiatiques, la question se pose : dois-je rendre mes armes et partir ? Dois-je laisser la vie ? Est-ce le moment ?
La présence d'une personne rencontrée dix années auparavant, et plus jamais depuis, Monique D., apparaît en ces instants. Cette personne, je ne la connais pas beaucoup. Mais je l'avais considérée alors comme très correcte et d'une haute moralité. Elle a consacré du temps à enseigner et éduquer au sein d'un mouvement social. Je suis surpris de constater sa présence « intérieure » en cet instant, et de sentir que peut-être, elle protège ma vie...
Deux possibilités sont, en effet, disponibles. La première est celle qui est issue de mon apprentissage de moniale novice au contact du monastère bouddhiste. Elle prône le détachement, le don de soi altruiste et le renoncement au monde. Il faut s'élever vers les « champs purs des bouddhas ». Il faut donc aspirer à s'unifier à des divinités tutélaires de ces mondes », et même « se sacrifier pour leurs Protecteurs du bouddhisme ». Imprégné de ce sage « lâcher prise de l'ego », je me confie à ces instants. 
Je suis cependant exposé à une autre possibilité, plus utile. Il ne me faut pas partir ! La vie est précieuse. Il me faut continuer, incarner des mots, des rêves, des idées, et jouer un peu sur un clavecin baroque, quelques-unes de ces sublimes musiques entendues en songes... Je dois donc assumer ma condition humaine. Je me dois de vivre.
Les deux perspectives apparaissent étonnantes, simultanées. D'un côté, je peux me fondre en ce halo limpide, qui stationne au-dessus de mon corps, clair, brillant. Je pressens, avec certitude, que je continuerais, dissous en lui, l'aventure de la conscience dans la vastitude de l'univers. La mort du corps ne serait pas tout à fait un point final. La vie continue dans l'esprit, comme une énergie parcellaire d'une essence plus évoluée qui existe, agit et se fond, fluide, dans le cosmos. Mais le moi, mon sentiment d'exister, d'être, ce qui dit « je suis », serait probablement transformé dans cette expérience « désincarnée ». Et la jubilation de cette continuité spirituelle serait-elle alors étendue à tout l'univers ? Alors, existerais-je quand même ? Serais-je en mesure d'éprouver la suite de la vie ? Sans limites physiques, dépourvu de la pesanteur, des petites préoccupations humaines, aurais-je l'identité de Cédric Lemoine, permettant de garder la continuité au-delà de la mort ?
Je vois aussi que cette vie humaine, ici et maintenant, est encore plus précieuse...
Cette perception se fait, en effet, dans deux plans différents. C'est le corps qui me donne le support indispensable à cette conscience. Il me semble que « Cédric » disparaîtrait de manière irréversible, au moment où son corps arrêterait de produire ses images du monde. Le principe subtil s'extrairait-il entièrement, le corps sombrerait aussitôt dans l'inconscience et c'en serait fini d'un humain. Je découvre ainsi la réalité de la finitude, la mort, que connaissent bien les Terriens. Et cela donne raison à Sartre qui affirmait à travers un de ses personnages littéraires : « Le ciel est vide, Dieu n'existe pas. » Je partage donc cette évidence, sans trouver cela très agréable. La mort est réelle. Le corps nous donne notre identité. La fin de nos six sens nous obligerait à disparaître. La possibilité de revenir se fondre dans un plan invisible est un réconfort, certes. Il faut reconnaître aux religions ce mérite. Mais, il me semble que s'identifier à la parcelle, ou à l'essence primitive, s'unir à ce flot de lumière vive, serait une manière de se dissoudre et peut-être aussi de... mourir à soi-même. Qui sait ? Cette conscience lumineuse dure-t-elle, continue-t-elle longtemps ? Rien n'est moins sûr. La vie est de loin préférable à la mort. 
Alors, sans que je le décide, il m'apparaît que cette eau de vie dorée, qui vogue au-dessus de mon corps, à un mètre, ou un mètre cinquante, environ, me « dit » de ne pas faire maintenant son voyage dans les plans subtils. Il serait possible, bien entendu, de me fondre en sa luminosité. Je pourrais laisser ma conscience s'envoler et se mêler à ce « champ » immatériel. Je pourrai revenir à son expérience, et renoncer à celle d'humain, qui m'a été généreusement « prêtée » pour cette vie... La vie, qui rayonne ici, me montre autre chose : le sacrifice que j'ai accepté dans mon style de vie contemplative est conforme à une religion. Mais ce don de soi total m'est restitué maintenant. Il m'est rendu, afin que je continue ma course sur la Terre. Il me faut donc revenir, raconter ce que j'ai vu, connu, compris, en ces instants privilégiés, et être un citoyen de la Terre, comme tout le monde. Il se peut même qu'en ces instants, il me soit aimablement souligné le besoin de bien vivre, pour chacun de mes congénères, y compris pour moi-même. Il me faut donc renoncer à l'image sacrificielle, religieuse, où le meilleur allait vers un idéal dévotionnel, une imagerie, avec ses bouddhas dorés. Il me faut accepter ce que le nuage d'or vivant me fait. Il me ramène sans ambiguïté à mon corps, et se dissout. Il m'enracine à nouveau, et puis disparaît comme par enchantement. Où est-il ? Je n'en ai pas la moindre idée, aujourd'hui ? À l'intérieur de moi ? Un peu, mais pas nécessairement. À l'extérieur de ce corps ? Sans doute, chez tous les autres, mais peut-être aussi dans les étoiles, le soleil et la voie lactée ! Je retourne donc sans déplaisir vers une vie, une humble vocation à assumer, et vers le destin de tout être humain. Et je mets bientôt les objets de la foi, mes bibelots rituels du bouddha, dans un endroit paisible de la maison. Je les y range avec gratitude, sans plus m'en soucier que d'une guigne, y compris mon fameux moulin à prières électrique ! En revanche, je sors ma clarinette d'ébène de son étui, ma flûte alto baroque en palissandre de sa boîte de satin. J'installe dans mon salon de musique blanc, au vaste parquet de chêne massif, mon clavier Yamaha et choisit une tessiture baroque pour l'accorder. Je déploie mes belles partitions des quattro stagioni commentées par Vivaldi, et celles de Jean-Philippe Rameau. Musique ! Contrepoint et harmonie !



Les effets à moyen terme et dans ma constitution de ces deux expériences de mort imminente

2002, QUATRE ANNÉES APRÈS.

Les deux expériences de mort imminente que j'avais vécues, sur une civière à l'hôpital (avril 98), puis à la maison (juillet 98), trouvèrent plus tard d'autres échos plus profonds dans ma vie. Sur le moyen terme (4 années passèrent depuis), il s'avéra qu'elle était l'annonciatrice de certaines transformations dans mon corps et mon psychisme, plutôt favorables en général. J'acquis progressivement, à ma grande surprise, une meilleure concentration, une attention soutenue, une vigilance détendue et durable. Ma capacité à travailler, à écrire, à penser s'affinèrent. La mémorisation devenait détaillée, et surtout rapide. Parfois il me suffisait maintenant de parcourir un texte rapidement, pour en avoir non seulement les grandes lignes mais aussi de nombreux détails... Je pus ainsi mieux préparer les cours et les conférences que je donnais ici ou là. Je pus clarifier mes idées, et apprendre à les exprimer, non sans la remise en questions de mes propres présupposés. J'apprenais désormais plus vite, en dépit de l'âge qui venait ! Ma sensibilité s'était aussi humanisée, c'est-à-dire qu'elle se faisait compréhensive... Je réalisais mieux la valeur de la vie et de toutes les expériences que permettait normalement le corps, et auxquelles je n'avais auparavant pas prêté assez d'attention. Je réalisais un peu l'importance essentielle de l'amour chez les autres, la profondeur des sentiments familiaux, et la valeur des vrais amis, rares et donc si remarquables. Entrevoyant désormais la complexité illimitée et les mystères insondables de la nature, je renonçais à vouloir la transformer, ou même à régenter les autres. Je laissai chacun vivre sans interférer. Mon corps était moins affecté par la rencontre, même s'il avait perdu trop de sa force et de sa vitalité. Mon ambition, les projets professionnels avaient de même été quelque peu élagués aussi. Je vivais davantage au présent, songeant parfois à la nature fragile de cette vie, qui pouvait s'arrêter d'un moment à l'autre... Mais ce que je regrettai, en revanche, ce fut la perte de cet idéalisme, de cet engagement pour incarner un monde meilleur ! À cela je renonçai...
J'avais donc mûri. Mais ce puissant moteur de ma jeunesse et de mes voyages, ce qui avait aussi motivé mes études de psychologie, puis mes propres tentatives de l'enseigner, allait me manquer, un peu, en filigrane. En perdant mes illusions, ma conviction qu'il fallait humaniser le monde, c'est aussi une image essentielle de ma propre inscription dans la réalité que je dus transformer. Et c'est bien l'expérience même, intérieure et sans ambiguïté, de cette réalité individuelle et unique, qui m'amena à renoncer à donner aux autres le goût d'une quête spirituelle qui serait étrangère à leur propre nature. Je découvris enfin un peu mieux par moi-même ce que les mots ne peuvent pas davantage dire... Chacun était apte à une découverte potentielle. Chacun avait cette faculté d'expérimenter, d'aller plus loin. Et je ne pouvais pas anticiper ni faire pour les autres, ce que la nature humaine profonde de chacun avait en réserve et en projet.
 

© Cédric Lemoine/Marc Bosche — 2002. Merci de demander l'autorisation à l'éditeur : Marc Bosche, Le Venteuil, F-63640 Biollet, ou par courriel, pour reproduire ce récit en partie ou en totalité.

    Une authentique NDE décrite en 1893


    Le document, dont je vous propose ici la traduction française, est tiré de la revue théosophique américaine The Path (juin 1893, pp 82-84).
    Il s'agit d'une NDE typique subie par une patiente, lors d'une syncope brutale en la présence de son médecin. On notera avec intérêt l'opposition - ou la complémentarité, entre les observations objectives du praticien et le contenu subjectif de la NDE, vécue par un sujet manifestement doué de clairvoyance active.

    Jean-Louis SIEMONS, Docteur ès Sciences


    LE RAPPORT DU MEDECIN :

    Alors que j'étais debout près de ma patiente, elle me dit tout à coup, très vite, d'une sorte de voix étouffée : "je vais me trouver mal". Je pris le pouls : il était très fort, comme je l'avais toujours observé, la patiente ayant généralement des pulsations régulières et bien marquées. Tandis que je tenais le poignet, je sentis soudain comme une hésitation, un changement de rythme ; le pouls se mit à fluctuer de façon indescriptible et. à ma grande horreur, j'eus l'impression que la patiente était en train de mourir. Les pulsations disparurent, le corps se redressa et se raidit, la mâchoire s'affaissa ; il y eut une expiration violente, puis les traits se détendirent. 

    Le cœur s'était arrêté et le corps devenait froid comme la mort : tout signe de vie avait disparu. Détail le plus étrange, peut-être : cette personne qui, extérieurement, était d'allure très féminine, semblait maintenant, dans la mort, donner l'apparence d'un homme, bien plus jeune qu'elle ne l'était en réalité. En vain je tentai des moyens de réanimation : la vie avait quitté la forme physique. C'était du moins ma conclusion, face à l'évidence. Pourtant, un sentiment plus fort, qui ne s'arrêtait pas à cette preuve, m'obligeait encore à rester là, à observer et à attendre je ne sais quoi. Bientôt, grande fut ma surprise de voir comme un imperceptible frémissement, une ombre fugitive parcourant le visage. 

    Aussitôt je plaçai ma main sur le cœur. Tout d'abord il n'y eut aucune réponse : ce qui gisait là était bien une chose morte. Puis, ce fût pour moi un véritable choc : le cœur tressaillit, s'agita, bondit sous ma main : tous les torrents de vie revenaient à flots. Mes sentiments de soulagement étaient indescriptibles. En même temps, je l'avoue, je cédais à une indiscutable curiosité. La patiente ouvrit les yeux et tenta de parler, mais en vain. J'en découvris plus tard la raison : sa langue, noire et gonflée, remplissait la cavité buccale. Au bout d'une heure environ, de grands cernes noirs entouraient ses yeux - ils étaient d'une noirceur rappelant une contusion, et ces cernes demeurèrent quelques jours avant de disparaître graduellement, en passant par toutes les teintes variées de violet, caractéristiques des contusions. En définitive, il s'agit d'une expérience tout à fait particulière. Qu'était-il arrivé à ma patiente, et com-ment?

    LE RECIT DE LA PATIENTE :

    Pas plus que le médecin, je n'ai idée de ce qui est arrivé à mon corps, mais je sais bien ce qui m'est arrivé, à MOI.
    Pour commencer, je dois dire que, pendant toute mon existence, le fait de la vie en soi s'est manifesté à moi sous la forme d'une petite flamme violette, brûlant au centre même de mon cœur. Je veux dire que j'ai toujours vu cette flamme en ce point, grâce à une sorte de vision intérieure. J'ai pu ainsi l'observer, brillant d'un éclat variable, tantôt plus faible - comme dans les périodes de mauvaise santé, tantôt plus lumineux, quand mon corps regagnait de la vitalité et la conservait

    Lors de la présente expérience, comme je l'ai dit au médecin, je me suis sentie défaillir mais, en même temps, dans ces brefs instants, mon sens intérieur percevait l'état de faiblesse de mon corps, et les douleurs cardiaques étaient atroces. Aussitôt, j'ai repris ma vieille habitude d'observer mon cœur : je ne tardai pas à voir que les choses tournaient mal de ce côté-là. La flamme violette brûlait d'un faible éclat : elle s'est alors mise à pâlir et à vaciller en même temps. A ce moment, une chose étrange se produisit - appelez cela si vous voulez un changement de conscience.

    Par une espèce d'échange, à la place du sentiment d'identité qu'on situe habituellement dans le cerveau, j'avais reçu un sentiment analogue mais cette fois localisé dans le souffle vital intérieur. En d'autres termes, j'avais l'impression d'être identifiée à une source interne. Et voici que ce souffle se rassemblait autour du cœur et en observait la flamme centrale : il perçut alors qu'elle s'affaiblissait - et la vit disparaître (ne me demandez pas avec quels yeux !).
    A ce point de mon récit, il me faut parler de ce souffle comme de moi-même. Ma conscience - mon "je", était entièrement située dans ce souffle. Alors, "je" me suis mise à vibrer rapidement, à décoller, pour ainsi dire, et bientôt je me sentis flotter et partir d'un mouvement ascendant (en tant que souffle "conscient", ne l'oublions pas) dans une sorte de conduit s'élevant au milieu de ma colonne vertébrale. Je montai ainsi selon une spirale, et au moment où j'atteignis un point situé au niveau de la bouche, je sentis passer près de moi un autre souffle, dirigé vers l'extérieur, qui sortit violemment d'une cavité (que j'identifie maintenant avec la bouche) en faisant un bruit sonore de vent impétueux, semblable à un grande expiration brutale. "Je" (c'est à dire le premier souffle conscient) accédai ensuite à un espace circulaire (la tête?), pour finalement m'en évader - après une unique convulsion formidable de séparation, de déchirement. Alors, j'éprouvais une joie, une allégresse impossible à concevoir pour ceux qui n'ont jamais fait cette expé-rience, car j'étais libre, d'une liberté inconnue à ce jour. En jaillissant de la tête, le souffle conscient prit forme - une forme rayonnante de lumière, et c'est sous cette apparence que je fis irruption à l'air libre (1).

    Je m'élançai au-dessus des bâtiments et bientôt je les perdis de vue. Comment m'en serais-je souciée ? A ma rencontre venait un être que j'ai connu - et que je connais bien. H commença à me donner certains messages (2). Tout autour de nous, il y avait beaucoup de sphères endormies (3) et il m'invita à les observer, il y avait aussi d'autres formes, et des messagers qui allaient et venaient L'atmosphère était toute de lumière, des orbes de substance électrique circulaient en tous sens. On pouvait aussi observer un mouvement ordonné de rayons semblant partir et revenir. Le sentiment de liberté, de connaissance et de pouvoir que j'éprouvais était magnifique.

    A un moment donné, je ressentis comme une légère traction sur moi, et je constatai qu'une sorte de fil, d'une substance relativement sombre (par rapport à l'ambiance de lumière) s'étendait de mon être à travers l'espace de l'air pour descendre et pénétrer dans un orifice ouvert C'était comme si cette traction avait modifié toutes mes vibrations et changé mon état de conscience car, dès lors, je ne percevais plus les merveilles qui m'entouraient : je ne voyais que les bâtiments et le soleil sur la neige, là-bas, très en dessous de moi.
    Effectivement, j'étais retournée à un ordre inférieur de matière (c'est ma façon d'interpréter maintenant ce qui est arrivé à ce moment-là), car je me sentais rapidement attirée vers le bas, toujours par l'effet de traction du fil éthéré. 

    Finalement, en passant par une fenêtre, je me retrouvai dans une pièce. Là, tout ce que je pouvais remarquer c'était un jeune homme, gisant raide et froid, à moitié nu sur une couche,. D paraissait mort. Une sorte de tourbillon d'air (?) m'attira vers lui. A nouveau, il y eut cette profonde convulsion de déchirement, et je fus comme tirée à l'intérieur de la tête de cette horrible chose - mais sous quelle forme ténue et fine j'étais entraînée :
    ma forme rayonnante s'était transformée en un fil mou et sombre (smoky), un souffle ! Oui, j'étais redevenue un souffle conscient, circulant rapidement le long d'un étroit passage en spirale, à la droite du corps. A nouveau, je me rassemblai autour d'un centre, un genre d'océan, sombre mais traversé de pulsations, dans le profondeur duquel je cherchai un lumière, une lueur. Il n'y avait rien. Le souffle que j'étais se concentra et attendit. Un je ne sais quoi se mit à scintiller sous ces vagues mouvantes : aussitôt se produisit un nouveau changement brusque de conscience, car à ce moment le sentiment d'identité avec ce cœur intérieur disparut. J'avais recouvré ma conscience cérébrale, il paraissait clair que ce sombre océan était mon cœur, et le cerveau se mit aussitôt à penser : "je suis morte, puisque je ne vois pas de lumière". Une émotion m'envahit, comme une sorte de terreur, qui était dominée par la pensée : "il faut que j'envoie un message à X pour l'avertir de ma mort !" Je tentai de parler, mais la conscience cérébrale n'a pas de langue : elle n'était pas encore coordonnée avec le corps. Reprenant mon calme, j'observai étroitement mon cœur : le point scintillant grandissait maintenant sur le fond obscur du foyer central, lentement, graduellement pour finir par briller comme une lampe violette. Quand cette lampe brûla enfin avec clarté, je me sentis soudain coordonnée avec le corps, redevenir identique à mon moi de tous les jours (4).

    J'ouvris les yeux, pour voir le docteur penché sur moi, avec, sur le visage, une expression très singulière, faite autant d'étonnement que d'affliction, réessayai de parler mais ne le pus. L'explication en a été donnée plus haut. Il me reste simplement à préciser que ce qu'il me fût dit lorsque j'étais hors de mon corps s'est entièrement réalisé depuis. Il m'apparaît aussi que j'ai été soustraite (je, c'est à dire moi-même) à une crise du corps physique.


    NOTES:
  1. Cette NDE est remarquable en ce que la patiente, entraînée à une sorte de clairvoyance (dans le contexte d'une réelle recherche spirituelle), garde sa lucidité tout au long de l'expérience, en décrivant les changements successif, d'un mode de conscience à l'autre. On voit par exemple que, déconnectée du cerveau, elle se "coordonne" successivement au cœur, au "souffle vital" etc... en devenait ainsi capable de suivre, de l'intérieur, le processus invisible de la mort. Et là où, d'habitude, des témoins parlent de "flotter", de "s'élever en spirale" dans une sorte de "tunnel obscur", elle évoque (avec ces mêmes mots) son mouvement ascendant au long d'un conduit (= "un passage") dans l'axe de la colonne vertébrale. Ce qui rappelle les descriptions du yoga tantrique (que cette femme ne pratiquait sûrement pas), en suggérant du même coup une explication de ce fameux tunnel.
  2. On note que la décorporation ne s'éternise pas au niveau "astral" inférieur (où se reflètent tes images du monde physique): l'être rencontré dans la lumière est identifié comme un guide connu, intervenant pour instruire le sujet A ce niveau, la patiente pourrait déchiffrer sa NDE comme une expérience initiatique qui aurait été impossible dans tes conditions normales de conscience cérébrale.
  3. Dans la suite de cet article, ces "sphères endormies" sont interprétées comme d0es âmes de défunts plongées dans leur expérience intérieure posthume.
  4. Le vocabulaire descriptif de ce récit rappelle étonnamment les mythes eschatologiques de Plutarque (brièvement évoqués dans le n°2 de ce Bulletin): les âmes y apparaissent aussi comme des sphères, des bulles étincelantes ; Il y avait même des mouvements d'objets célestes lumineux et des pulsations d'énergie, et l'âme du mort en sursis était ancrée à son corps par un fil mystérieux (que Thespésios pouvait également décrire comme une ligne "floue et sombre"). Chez notre témoin, la conjonction de la lampe brillante du cœur et de ce cordon éthéré évoque, à l'évidence, "la corde d'argent et la lampe d'or" de l'Ecclésiaste (12,6).

Les sphères endormies


Un jour, quelqu'un vint à moi, en m'appelant hors de la forme où je demeure, et me fit voir les Sphères endormies...

Ces Sphères - il n'y en a pas de plus belles -  ne sont pas présentes en un lieu donné. Elles sont indépendantes de l'espace. Elles ont une condition propre mais aucune localisation. Lorsque je demandai à mon compagnon comment cela pouvait vraiment se faire, il me fit ressortir qu'elles étaient en interpénétration avec bien d'autres états de matière, en maintenant la cohésion grâce à leur vibration propre - comme le font d'ailleurs les autres formes dans toute la nature, quelles que soient leur espèce et leur densité plus ou moins éthérée.

J'avais quitté mon corps physique pour accéder à l'air, dans ma forme aérienne, et de là je m'étais transférée dans l'éther. Voici que, tout autour de moi, il y avait ces Sphères endormies, suspendues comme de minces voiles sphériques, d'une impalpable transparence laiteuse, sur un océan d'or et de lumière. Par instants, un frémissement d'une teinte à peine perceptible les faisait trembler dans leurs profondeurs, et moi aussi je tremblais, car il m'était donné de savoir que ces mouvements de couleurs étaient, en réalité, des Pensées de délectation intense. Oui, ces Sphères qui palpitaient éprouvaient une joie pure dans leurs mouvements opalescents - une joie qui accompagnait leurs pulsations dans l'éther vivant, et qui était pleine d'une grande signification. C'était bien clair, même à ma compréhension qui, à ce moment, n'était encore que celle de mon corps aérien. (Je suppose ici que mes lecteurs savent, peut-être mieux que moi-même, que la conscience permise par un corps donné diffère grandement de celle qui est possible avec un autre. Et cela reste vrai, que ces corps distincts soient tous contenus dans leur enveloppe extérieure, ou qu'à un instant donné ils se trouvent séparés de cette carapace impermanente)...

Essayez donc d'imaginer que j'ai perçu ces formes rayonnantes, tantôt argentées avec une sorte de poudroiement bleuté, tantôt prises d'un foisonnement de teintes si diaphanes que seul l'œil de l'âme pouvait les saisir - et efforcez-vous de concevoir que chaque teinte correspondait à une Pensée, une expérience. Ces belles Pensées étaient les rêves de ces âmes libérées de l'emprise de la terre. Et en rêvant ainsi, les Sphères dormaient. Quelle félicité dans ces rêves ! Car ces couleurs étaient tout à la fois vivante Lumière et éclats d'Intelligence ;
chaque nuance était Pensée - mais Pensée de l'ordre le plus exalté que puisse connaître le Mental humain. La Pensée frémissait dans les Sphères, en les faisant passer d'un état de conscience à l'autre, en les fusionnant à nouveau, en stimulant leur Vie supérieure, en les faisant rayonner de leur plus pure Lumière, dans un plan du monde où Lumière, Vie et Pensée constituent un seul acte magnifique d'Etre, et non pas ces choses banales que connaissent la plupart des hommes dans la routine journalière. Chaque Sphère devenait de la sorte de plus en plus incandescente de cette triple VIE, et sous mes yeux elles croissaient et s'épanouissaient au rythme de cette douce pulsation irisée, comme des fleurs s'ouvrant à une perfection croissante, à force d'assimiler la lumière du soleil. Cet épanouissement était divin, la paix profonde. Semblable à une mère enveloppant sa progéniture, le Silence planait sur elles ; seule, par moments, faisait ressortir sa profondeur une sorte de douce musique en demi-ton - l'harmonieuse respiration des Sphères endormies.


2ème partie (Seconde NDE): avant d'entrer dans le récit de ce qui m'est arrivé, je dois clarifier les deux points suivants.

  1. Ce que j'ai vécu cette seconde fois fut ma propre expérience et non pas celle que pourrait faire toute autre personne, quant à ses détails. Car l'acte de dissolution, ou de séparation, qu'on appelle "la mort" varie dans sa spécificité selon les individus ; il en va de même avec les expériences post mortem. Tous les individus meurent. Il y a, pourrait-on dire, autant de sortes de mort qu'il y a d'âmes, et non pas une seule expérience stéréotypée pour toutes. Pourquoi cette variété ? Parce que ce n'est pas du tout "la mort", en fait.  Si nous ne vivions qu'une seule existence mortelle, pour finalement mourir - selon la croyance ordinaire - l'acte de la mort pourrait bien être le même pour tous. Mais, étant donné que l'âme humaine choisit tantôt la vie objective et tantôt la vie subjective - tantôt en créant son propre monde céleste et tantôt en choisissant son propre domaine de vie et d'expérience terrestre -nous pouvons bien comprendre que, même si tous les êtres passent les portails qu'on appelle la naissance et la mort, les méthodes et les péripéties de ces passages doivent différer dans chaque cas...
  2. En second lieu, ma propre expérience -la première de ce genre - que je vais raconter maintenant, fut pour moi parfaitement réelle. Pendant que je la vivais, je ne l'ai pas comparée à ma précédente vision des "Sphères endormies", ni à rien d'autre. J'étais entièrement plongée dans l'expérience. Je ne l'ai pas appelée "la mort". Je ne savais pas que ce fût "la mort" - je l'ai vécue. J'étais identifiée à l'expérience. Je l'ai perçue absolument comme une plénitude de vie jusqu'alors insoupçonnée - que je n'avais jamais entrevue, même dans mon imagination la plus vive, dans mon rêve le plus intense et lucide...

Cependant, notez bien ceci: même si j'ai pu perdre de vue certaines choses sans importance, à aucun moment je n'ai oublié le fait essentiel de l'Ego - le sentiment de mon identité profonde. J'étais pleinement consciente que le sujet qui vivait mon expérience c'était moi - mon Je. Cela peut paraître une façon maladroite de dire que ma conscience - purifiée et élevée comme elle l'était , ainsi que dilatée - identifiait encore le foyer de toute cette perception au "Je". En d'autres termes, je savais parfaitement bien, pendant tout ce temps, que j'étais - moi-même - en train de vivre cette vie nouvelle, et si belle. En définitive, tout en percevant l'identité de l'Etre, l'identité des âmes, ma conscience n'a jamais franchi le seuil de la Toute-Conscience, qui est comme le Tout-en-tout et ne connaît aucune séparativité...

Pour commencer, je dirai que, lors de cette seconde approche de la mort, les amis qui m'entouraient ont pensé que j'étais vraiment décédée. Il n'y avait plus aucun indice de vie observable par un médecin qualifié. Le corps, devenu rigide, le resta pendant des heures et tous les signes de la mort étaient apparents. Aussi, tous ceux qui avaient pour moi de l'affection vécurent-ils pour leur part cet événement d'une façon déchirante, en pensant que l'âme aimée avait encore disparu à leur vue, pour s'envoler sur les ailes de l'air ; et qu'on pourrait peut-être la rejoindre mais qu'elle ne reviendrait jamais. Ainsi, l'heure était au deuil et à la douleur ; tous versaient des larmes sur moi, alors que moi, au contraire, j'étais avec eux, dans une plénitude de vie jamais entrevue. Consolez-vous donc, vous qui pleurez, car vous êtes seuls à souffrir dans votre aveuglement : pour ceux qu'on appelle les morts, il n'y a qu'une joie sans mesure, d'où n'est exclue aucune âme bien-aimée et que n'assombrit aucun sentiment de perte.

Reprenons donc au début de cette expérience : on venait de m" étendre sur mon lit, sous le coup d'une soudaine défaillance cardiaque. Je souffrais horriblement, agitée de convulsions et de chocs nerveux qui vibraient dans le tréfonds de mon être, et j'avais dû fermer les yeux. Une voix, que j'aime et que je connais bien, semblait me parler de loin en pénétrant dans mon cerveau à travers un épais brouillard, semblable à une nuée qui m'enveloppait et m'oppressait. Les mécanismes de mon cerveau devaient lutter contre ce brouillard envahissant qui paralysait les mouvements de la pensée sous un poids presque matériel. Impossible de répondre. Mais la voix parla de nouveau, avec un accent si implorant, si insistant, que je fis un effort extrême - à ce qu'il m'a semblé.

Mouvoir ma langue, lourde et gonflée, il n'en était pas question ; aucun son ne pouvait sortir de ma gorge - pas un muscle, dans tout mon corps, ne se décidait à répondre à ma volonté. Une nouvelle fois, la voix se mit à me supplier, avec tant de chagrin que cette douleur extrême de l'être aimé me fut intolérable. Je fis encore un effort désespéré : j'eus l'impression de me tordre dans des convulsions, de me battre avec tout mon corps, et cependant, à ce qu'on m'a affirmé plus tard, aucun mouvement n'était perceptible. Pourtant, à la fin, je réussis à ouvrir les yeux, pour voir des yeux, graves et sombres, qui plongeaient dans les miens, un regard plein de la lumière de l'âme. Et puis, je ne vis plus rien. Un souffle profond me traversa toute entière et me quitta. Et à ce moment, je tombai dans le monde de la Pensée. Pour celui qui était à mon chevet, il était clair que je venais de rendre le dernier soupir, et de "mourir"... Pour moi, il en allait tout autrement. Ce regard des yeux que je connaissais si bien déclencha en moi un profond enchaînement de Pensée où je ne tardai pas à me plonger, à m'immerger entièrement Ce fut d'abord une préoccupation pour la douleur du compagnon aimé. Et le désir ardent me vint de soulager cette détresse. Ce vœu déclencha la pensée que notre philosophie (la Théosophie) - que nous avions essayé de vivre et qui avait été comme un guide dans notre démarche - ne manquerait pas de jouer bientôt son rôle et couper court à tout deuil, à tout chagrin. Alors, d'une façon très naturelle, me revint le souvenir des moments où ces enseignements spirituels nous avaient déjà soutenus ; puis je me mis à évoquer le temps lointain où je n'avais pas encore entendu parler de cette philosophie. Cette pensée eut, pour ainsi dire, l'effet brutal d'un ressort qui, à peine effleuré, déclenche l'ouverture d'une porte dissimulée à la vue : la totalité de ma vie écoulée jaillit par cette porte ouverte du cerveau, et fut passée en revue devant moi...

Je revis les jours de mon enfance, insouciante, inconsciente, pleine des plaisirs de la nature, avec la joie de vivre, de courir ; et la compagnie de toutes les créatures - les humains, comme moi-même, et les chers animaux qui comprenaient si bien la vie des enfants, à ce qu'il me semblait il y avait là le petit peuple d'un monde que seuls perçoivent les enfants. Puis lentement, l'intelligence s'ouvrait de plus en plus à la plénitude de la Nature : le panorama des cieux prenait un sens, le son et la couleur faiaient en moi une entrée majestueuse, en accordant de riches délices à ma conscience qui s'éveillait, tout en ressentant avec une certaine angoisse la montée de la froide raison.

La fillette que j'étais commença à se sentir à l'écart de la Nature, à l'écart aussi de ses semblables dont les paroles n'étaient pas en accord avec ce qu'elle pensait. Incomprise, sa petite vie lui semblait mal interprétée par les autres, détournée de son vrai sens : tout ce que pensent les enfants n'était disait-on, que sottise. La "vie" c'était bien autre chose que ce qu'il en apparaît au cœur innocent de l'enfant ! Presque tout ce que percevait la claire vision d'un petit être n'avait aucune existence pour les sages grandes personnes, qui ne comprenaient pas, qui ne voyaient pas : ce n'était pour elles que divagation de ces garnements ! Et s'ils s'y entêtaient, il convenait de les châtier comme pour un mensonge. Il fallait donc que la fillette se conforme aux idées reçues, ou subisse des punitions. C'est ainsi que les enfants souffrent à l'instar des pionniers de la Vérité.

(suit une longue analyse de l'enfance et de l'adolescence, et des difficultés de l'âge adulte)

Ainsi, sous mes yeux, se succédèrent les vagues de la vie, dans un flash rapide de Pensée. Egalement, je revis distinctement des scènes de danger, de maladie, de perte. Il y eut ces moments de détresse où le cœur voit mourir ses êtres chers, sans pouvoir les suivre dans l'invisible, sans être assuré de la moindre espérance. Et puis ces instants, non moins terribles, où l'on découvre l'indignité et la fausseté des choses et des gens qui avaient notre confiance. Vint aussi la mort de tel ou tel idéal qui avait éclairé la vie. Et par-dessus tout, en filigrane dans ce panorama, la présence sinistre de l'irréalité de cette fantasmagorie, le sentiment de fausseté de la totalité de la Vie. C'est alors que l'âme avait cherché un être divin - "un Dieu quel qu'il soit pour entendre son cri". Un appui réel pour s'y reposer. C'était en vain que le monde que connaissait l'âme se laissait prendre au changement, et à l'incroyance - il n'y avait rien de réel qui méritât qu'on vive et qu'on meure en s'y conformant. Lentement, un échelon après l'autre de l'échelle de la Vie fut ainsi gravi et, à mesure, la soif de découvrir une vraie réalité devient plus grande, farouche, brûlante, intolérable, affolante même, jusqu'au point où...

Ah ! les premières lueurs de l'aube bénie où l'âme se trouve elle-même ! Oui, ici même, au fond du cœur et au-dessus du mental, il y avait, à n'en pas douter, quelque chose de réel et de vrai. Une sorte d'enseignement spirituel, peut-être, qui donnait l'explication de cet écheveau embrouillé de la Vie. Une vérité découverte dans la douleur noblement supportée pour les autres. Une vérité apparue dans le devoir accompli simplement pour lui-même. Une vision entrevue de l'Amour laissé en liberté un moment par le moi - un Amour tourné vers le monde, qui donnait, donnait, et donnait encore. Mais quelle importance ? L'essentiel n'était-il pas que le cœur qui avait cherché une vérité, un haut compagnonnage, venait de les trouver ? 

(suit un long passage détaillant la revue panoramique)

Ainsi donc, les diverses scènes de la Vie passèrent très rapidement devant mes yeux. Dans chacune d'elles, il me sembla que j'avais un choix. Il me parut qu'il fallait toujours décider entre l'esprit et la matière, entre les choses figées dans une forme et ce qui était informel, non formulé, entre ce qui allait dans le sens de l'évolution ou contre elle. Il me fallait en somme choisir entre la rigidité, la coagulation dans un moule bien défini, fermant à tout progrès, ou le refus de tout arrêt, afin d'épouser le toujours-vivant. Dans la majorité des cas, il me sembla trouver le vrai sens des diverses expériences se succédant au fil de cette longue, longue Pensée. Cependant, il y en avait, ici et là, dont la compréhension m'échappait. Je ne les avais pas goûtées suffisamment. C'était, semblait-il, comme si j'avais été trop tôt forcée de perdre le contact avec elle.

(...)

Tout d'un coup, sans que je puisse dire son origine, un torrent sonore fit irruption - les accents retentissants du monde frappèrent mon ouïe qui en avait perdu l'habitude. Du fond de quelque gouffre lointain me revenait le tumulte de l'existence. Je me rendis compte que dans les rêves j'avais oublié la Vie. De toute la force de mon âme, j'aspirai à regagner le rivage de la Vie, à sentir, travailler, agir - être enfin !

Un terrible frissonnement chassa la Pensée : je redevins consciente de moi-même comme d'un être séparé. Je pris conscience du spectacle des espaces étoiles. des Sphères, du pays du Ciel. Des profondeurs de mon être s'éleva un cri d'appel, un cri de désir de la Vie de l'action. Et la réponse vint à ce cri : le Monde du Ciel disparut, les espaces étoilés se refermèrent comme un parchemin que l'on enroule et là-bas, très bas, dans un gouffre rouge, je perçus le rougeoiement du monde. Alors, entre ce monde rouge et moi se déploya une vision fantasmagorique : la Vie à venir, dans toute sa turbulence, se mit à défiler pour ainsi dire comme sur un écran - et j'étais cet écran. Je savais tout ce qui m'attendrait mais, pourtant, rien ne me retenait, ne m'effrayait. La soif de vie s'était emparée de moi, il fallait que je boive avec avidité toute la coupe de la Vie, une fois encore.

(...)

Et ensuite ? Un choc brutal. Puis l'obscurité. Et comme une fin de tout. L'annihilation - juste le temps de m'éveiller. Où ? Dans le monde des formes.
(...)


Ainsi, je m'éveillai, couchée dans mon lit. Le vent d'hiver soufflait sur moi. Et la maison que j'avais réintégrée - c'est mon corps que j'appelle ainsi - était raide et rigide. Mais voici, en réalité, comment s'était passé mon réveil. C'est dans les zones extérieures du ciel que la conscience me revint tout d'abord : à cet instant je me sentis comme tirée vers le corps froid par une corde de vie. Ce corps était hideux, ratatiné, émacié, vidé de toute substance. Il m'était insupportable d'entrer dans une pareille demeure. Le soleil se levait, en rougeoyant au-dessus des arbres empourprés du grand parc aux vastes perspectives. J'hésitai : la pensée me vint de prendre le sentier du soleil. Comment pourrais-je venir au contact de cette forme, semblable à une espèce de singe recroquevillé. Soudain, je vis le Messager près de moi. Il me toucha le front. Mes yeux se fermèrent Je vis que le corps, hideux comme un parchemin, était soutenu sur les genoux d'un être qui pleurait amèrement Dans son chagrin, il tenait le corps sous les rayons du soleil levant, et il appelait le Soleil de la Vie - et il appelait le Soleil caché des Ames - en versant des larmes de détresse. "Acceptes-tu de réintégrer ta forme ?" interrogea le Messager ? "Je le veux" répondis-je. "Pour quelle raison ?" demanda-t-il encore ? Avec ferveur, je me retournai vers lui en m'écriant : "Pour étancher une seule larme humaine, je veux revenir". Le Messager inclina la tête et murmura :
"Retourne donc..."
... Il disparut et en frémissant je pénétrai à nouveau dans cette forme horrible, comme on entre dans l'obscurité de la matrice maternelle. Il y eut un choc, un frissonnement, et puis plus rien - j'avais perdu le sentiment.
Je m'éveillai. J'avais retrouvé la conscience de ma sphère corporelle qui m'enveloppait comme une masse pesante. Mes oreilles encore lentes à la perception entendirent un son étouffé qui se mit à s'amplifier un peu. C'était une curieuse impression sonore - on aurait dit un mélange de soupirs et de sanglots avec une note de franche hilarité. Oui, quelqu'un était en train de pleurer de joie. Quelqu'un se réjouissait de m'avoir de nouveau. Je considérai avec un certain recul ce compagnon qui pleurait, la tête penchée. Et moi aussi je pleurais dans cette demeure étriquée de mon corps.
... Je pleurais de sentir que mon Ame et moi-même étions séparées en deux. Tandis que Dieu - c'est-à-dire la Vie Une - nous avait réunis ensemble, il se faisait maintenant que l'homme - le mental humain - mû par son désir de nouvelle expérience, nous avait ici-bas désunies.

Mon compagnon pleurait de joie. Je pleurais aussi, mais de chagrin. Il était tout heureux de me retrouver - moi, j'étais triste car, dans le Monde du Ciel, nous avions été en complète communion : dans le monde des formes il faudrait que nous connaissions quelque séparation. Ici, nous étions deux. Ici, nous étions coupés l'un de l'autre par la distance imposée par le corps, et les différences mentales...

Extrait d'un long article de Jasper Niemand (1893) communiqué par J.-L. Siémons 
Copyright Textes Théosophiques (Paris 1989)


Sylvie

Mon mari, Jean-Marie, est décédé le 8 septembre 92, à l'âge de 45 ans d'un cancer professionnel dû à l'amiante, à la suite de deux ans et demi de souffrances. Institutrice, j'avais moi-même 40 ans et nous avions deux enfants de 9 et 7 ans.
En février 90, mon mari a commencé à souffrir d'une pleurésie au poumon gauche. Après maintes ponctions, les pneumologues de l'hôpital de Rouen en ont décelé la cause : l'amiante. Mon mari était chaudronnier. Au mois d'août 90, on lui a enlevé la plèvre gauche.
J'ai reçu une éducation athée et bien qu'ayant beaucoup lu au sujet des diverses religions, je n'avais eu, jusqu'à ce jour d'août 90, aucune démarche spirituelle.

Mon mari était donc en réanimation après l'opération et je ne pouvais lui rendre visite, uniquement avoir des renseignements sur sa santé par téléphone. J'étais donc à la maison, seule, le matin, tricotant au bout de ma table, lorsque j'ai senti autour de moi une ou plusieurs présences très fortes, avec beaucoup de bonheur qui m'envahissait. On doit pouvoir appeler cela un état de grâce. L'idée de Dieu entrait en moi sans aucune hésitation possible. Je pensais intérieurement aussitôt : "Pourquoi moi alors que mon mari souffre tant et qu'il aurait plus besoin de cette aide ?" On m'a répondu que c'était pour moi, mais aussi pour lui afin de le mener jusqu'au bout du chemin. En même temps je comprenais qu'il n'y aurait pas de rémission et que d'ici quelque temps il allait mourir. Je n'étais pas triste. 

Cet envahissement m'a apporté une grande sérénité qui ne m'a plus quittée depuis cette époque.
Quelques jours plus tard, le chirurgien m'a confirmé en tête à tête que malheureusement le péricarde était déjà pris et que le cancer allait donc continuer à se propager. On m'a dit que c'était un cancer à évolution rapide mais sans réellement me fixer d'échéance. Cela n'a pas entamé ma force qui grandissait. Le seul doute que j'ai eu au début c'est que la douleur étant trop forte, ce soit mon inconscient qui y ait pallié et m'ait joué des tours. Ce doute, je l'ai évacué depuis longtemps. J'ai recommencé à lire, à rechercher des témoignages de foi pour comprendre, comparer et cette foi est toujours grandissante en moi. Chaque soir je me sentais appelée à prier, moi qui ne connais aucune prière, à essayer de donner mes forces positives pour aider d'une façon inconnue, par mon amour, tous ceux qui en ont besoin.

 En décembre 90, alors que je faisais mes courses en grande surface, donc dans un environnement très matériel, je me suis sentie inondée d'amour. Je continuais à marcher comme si j'étais au-dessus du sol et je regardais tout avec d'autres yeux. Je tiens à préciser que je ne prends aucun médicament et donc que je n'ai subi aucune influence chimique. Mon mari n'a jamais su la gravité de son état. Il se persuadait qu'il allait guérir et a lutté jusqu'au bout en effectuant de nombreux travaux à la maison malgré les douleurs physiques. Il ne travaillait plus à l'extérieur depuis février 90. Une ou deux fois je lui ai parlé un peu de ma foi qui s'était installée. Il m'a dit qu'il comprenait et ne s'en moquait pas, que son père était très croyant mais que malheureusement lui n'était pas touché, ce qu'il regrettait. J'ai donc vécu cette foi comme un secret.

L'état physique de mon mari s'est dégradé avec un manque d'air de plus en plus fort. Le mois d'août a été très dur pour lui, mais je ne m'étendrai pas sur tous les détails. Fin août, il est allé quelques jours à l'hôpital pour une ponction abdominale. Le foie était pris, puis il est revenu à la maison, ce que je souhaitais. Il avait toujours espoir. Nous avions des bouteilles d'oxygène à la maison, mais cela ne servait pas à grand-chose puisque les poumons ne ventilaient plus. Il avait une pleurésie à l'autre poumon et j'avais compris que la mort viendrait par asphyxie, en plus de la dégradation du corps due au cancer. Mon mari prenait de la morphine par voie buccale depuis un an. Mais là, malgré sa force de caractère, sa volonté de ne pas dormir, de vivre, sans le lui dire, je lui ai caché le contenu des ampoules. L'infirmière est venue les derniers jours pour lui administrer des piqûres de morphine en plus de ses nombreux médicaments. Les 3 derniers jours, il ne pouvait plus monter à l'étage, donc, il dormait dans le salon, sur le canapé, et je m'étais installée un petit lit pour moi à côté. Dans la nuit du dimanche à lundi, il m'a sonnée avec une clochette, car dans ces moments-là il ne pouvait plus parler. Je me suis précipitée à côté de lui pour l'aider à se redresser. 
Il a chuchoté : "Lumière, lumière". J'ai aussitôt pensé qu'il était angoissé et j'ai allumé le lampadaire pour le reste de la nuit.

Le matin vers 8 heures, donc le lundi 7 septembre, il était assis. Il respirait un peu mieux. Il m'a regardée et m'a dit "Je vais mourir la nuit prochaine, je suis déjà mort la nuit dernière, mais je suis revenu pour vous dire que Dieu existe. Cette nuit, j'étais dans un tunnel noir et au bout j'ai vu une lumière". C'est ce qu'il avait réussi à me dire la nuit, mais je ne l'avais pas bien compris. Je l'ai regardé et j'ai senti que le moment était venu. Je lui ai dit que je le savais depuis 2 ans et que cette nuit j'allais l'aider. La lumière au bout c'était Dieu. On l'attendait, ses parents décédés etc... Qu'il y aille, que la lutte était finie...

Mon mari n'avait rien lu à ce sujet et je ne lui avait jamais fait part de mes lectures. Cela va peut-être vous paraître choquant, mais cette journée a été pour moi la plus forte, la plus merveilleuse. Elle était l'aboutissement de notre amour déjà très profond auparavant. Nous avons passé en revue un maximum de questions matérielles, argent pour la maison, enterrement, incinération et bien d'autres choses. Il a voulu dire adieu à beaucoup de gens et surtout leur témoigner de l'Au-delà. Des amis, la famille ont défilé tout l'après-midi à la maison. Vous imaginez leur stupéfaction. Nous étions très calmes, surtout mon mari, illuminé. Il avait refusé la morphine dans la journée pour rester éveillé et lucide malgré ses souffrances. Enfin, vers 8 heures, mes deux enfants sont arrivés accompagnés par mes parents et il leur a transmis son ultime message "Vous ne verrez plus Papa, mais je serai là, à côté de vous, et vous protégerai tout le temps. Dieu existe, Maman vous expliquera." Il a donné tous les conseils pour une vie droite et juste. Et puis, à 23 heures 15, la douleur étant trop forte ainsi que la fatigue, ses deux meilleurs amis se sont retirés et l'infirmière est venue lui faire une piqûre de morphine. Nous l'avons installé sur le canapé sachant que lorsqu'il nous sonnerait, ce serait pour la fin du chemin.

 A 2 heures 15, le mardi matin donc, j'ai entendu cette clochette. J'ai allumé et me suis précipitée. Il étouffait. L'air ne passait pratiquement plus. Je l'ai pris dans mes bras, assis, et lui ai parlé. Je lui ai dit de ne pas résister, que la Lumière était là, qu'on l'attendait. Tout s'est calmé. Il ne m'a pas quittée des yeux jusqu'à 3 heures 15. Son dernier souffle est parti dans l'apaisement. Je savais qu'il était, qu'il est toujours avec moi, dans moi. 
Voilà, ceci est mon témoignage en la foi, l'Au-delà, Dieu. Il me semble tellement dérisoire d'écrire cela. Je pense que les gens de mon entourage ont peut-être été choqués de mon manque de désespoir par rapport à la situation, mais lorsqu'on vit cela, tout est différent. Je ne peux plus être profondément triste. Nous avons tous un chemin sur terre, souvent pénible, mais je sais qu'autre chose existe après, tellement différent, et que l'amour continue, indéfiniment au-dessus de tout.

Sylvie (propos recueilli par Evelyne Sarah Mercier)

Tentative de suicide


Le témoignage qui suit se passe de commentaires. Il est représentatif de ce que disent la quasi totalité des personnes ayant vécu une EMI à la suite d'une tentative de suicide. 
Il est aussi très intéressant sur un autre plan: le témoin qui se droguait de toutes les façons possibles depuis des années, a totalement cessé à la suite de sa deuxième expérience, ce qui démontre le potentiel positif et restructurant de certaines expériences.
Désireux d'aider les personnes qui en sentiraient le besoin, il n'a pas souhaité rester anonyme. Vous pouvez donc, si vous le désirez, le contacter:


DANIEL TREMBLAY
MONTRÉAL , CANADA
EMAIL: birdfree@moncanoe.com


Je suis un ex-toxicomane, j'ai consommé durant 15 ans à peu près toutes les drogues ( douces, chimiques, etc.)  et les derniers 5 ans en consommant des drogues «dures» ( héroïne ( peu ) et par la suite cocaïne en injection ( beaucoup) ). Cela m'entraîna dans une déchéance de plus en plus profonde et une souffrance immense et insoutenable. Je suis issu d'un milieu favorisé de classe moyenne «aisée», élevé depuis l'âge de trois mois par ma grand-mère, femme spirituelle, de grande expérience de la vie, ( une sainte, quoi ! ). Puis après le remariage de ma mère ce fut la séparation de ma grand-mère et une dépression s'ensuivit qui m'amena à l'idée de suicide vers l'âge de 12 ans, et qui m'amena à consommer de la drogue pour la première fois. Dépression et drogue ne faisant pas bon ménage, mon état se détériora jusqu'à la mort de mes grands-parents et après je connus la déchéance totale : itinérance, tentatives de suicide ( dizaines de tentatives en près de deux ans), état dépressif, consommation de drogues «dures», thérapies et rechutes, et autres tentatives de suicide. 

C'est lors d'une de ces tentatives que je connus ce que j'appelle une "Expérience de rencontre divine"  au cours de laquelle Dieu se manifesta à moi et que ma vie «bascula» complètement et instantanément.

J'avais fait ma deuxième thérapie et j'avais «rechuté» dans la consommation de drogue (cocaïne en injection) ; je considérait mon état comme sans issue et je n'espérais plus trouver de solution pour me sortir de cette déchéance et de cettesouffrance devenue insupportable. Plusieurs fois je suis tombé à genoux et les bras tendus vers le ciel, j'ai demandé à Dieu de venir me «chercher» afin de me délivrer de ma souffrance. J'avais fait plusieurs tentatives de suicide, certaines étaient plus des appels à l'aide, mais cette fois, je ne croyais plus à aucune aide autre que celle de Dieu. Je me rendis chez un ami ( souffrant de maniaco-dépression avancée et profonde ) qui devait prendre des médicaments très forts (anti-dépresseurs qui à cette époque n'avaient pas la particularité d'être anti-suicide comme aujourd'hui ) et j'avalai ce qui restai de la bouteille de pilules et je bus la moitié d'une bouteille de cognac. On me transporta à l'hôpital après m'avoir trouvé dans un état de semi-conscience. Je perdis conscience durant le transport.

Tout-à-coup je m'éveillai sur une civière, aux soins intensifs. Cela semblait être le soir car on n'entendait aucun bruit ( ou peu) et pas de va et viens. L'éclairage était baissé et une infirmière se tenait dos à moi et préparait des piluliers sur un comptoir, éclairé par une veilleuse. Je voyais que j'étais relié par des fils à des machines (cardiogramme et autres), j'avais un tube dans la gorge qui me faisait souffrir et qui m'empêchait de fermer la bouche. J'avais terriblement soif et je me suis assis dans mon lit et je demandai à l'infirmière à boire.
Elle ne m'entendait pas, ne me répondait pas ! Je parlai plus fort et même chose, puis elle se retourna et parla à une autre infirmière derrière moi, quelque chose n'ayant pas rapport avec moi. Je croyais qu'elle m'ignorait. Exaspéré, je décidai de me lever pour avoir à boire et descendis de mon lit. J'étais debout, à côté de la civière et en regardant la civière, quelqu'un était couché dedans, MOI !

Je savais que j'étais sorti de mon corps mais ne voulais pas le croire et je réitérai ma demande à boire en me plaçant tout près de l'infirmière et je lui ai crié « À BOIRE » . Toujours pas de réponse !

Puis, comme un voile épais et noir, comme une lumière qui s'éteint, ce «noir» s'abattit dans la pièce. À ce moment l'infirmière se retourna et regarda le cardiogramme et dit à quelqu'un «on est en train de le perdre ! »
Ce fut les dernières paroles que j'eus le temps d'entendre car le «noir» m'enveloppa totalement, me coupant de tout. Je ne voyais rien, n'entendais rien, et j'eus peur comme on a peur dans le noir total dans un endroit inconnu. Puis je criai par peur : « Je veux de la lumière ! ». Puis un minuscule point apparut au loin, comme lorsque l'on regarde une étoile du ciel. De ce point vint un rayon de lumière, mince et s'ouvrant de plus en plus devant moi d'une lumière blanche immaculée, pure et brillante d'une énergie dans laquelle je sentis un amour inconditionnel et sans limites . Cette lumière parvint jusqu'à moi et m'enveloppa juste assez pour que je puisse «avancer» dans cette lumière. J'avançai non pas en marchant, mais me sentant comme attiré dans cette lumière, et seule ma volonté me faisait avancer. J'entendis des voix parlant au loin, puis je vis un groupe de personnes toutes vêtues de blanc ( de longues toges ) et ils parlaient de moi, je le savais, mais je ne pouvais distinguer ce qu'ils disaient. Moi je continuais à avancer dans cette lumière ET JE SAVAIS QUE JE QUITTAIS LA VIE me dirigeant dans cette lumière vers ce qu'on pourrait appeler "le Ciel". Puis une de ces personnes leva le bras et la main dans un signe d'arrêt et me dit : «où vas-tu ?» Je répondis : "Je vais vers le ciel, je ne peux vivre sur terre, j'en suis incapable, ma souffrance est trop grande que je ne peux la supporter davantage". La personne me répondit : « Arrête, tu ne peux avancer dans cette lumière, tu vas tout souiller, TU T'ES SUICIDÉ ! « Puis cette personne parla aux autres encore et me dit : « Tu vas retourner dans ton corps et aller remplir ta "mission" . Je répondis : "Seul, je ne le pourrai pas, j'en suis incapable".  La personne me dit : "Nous allons t'aider". Puis je me sentis «poussé» de force vers mon corps. Je me suis assis  "carré" dans mon lit et l'infirmière me regardait. Je lui ai dit : " J'AI VU DIEU !" Puis je retombai dans un sommeil profond et je m'éveillai le lendemain matin. 
Le lendemain je demandai à l'infirmière si elle avait entendu que je lui demandais de l'eau à boire ? Elle me répondit : « Tu n'as jamais dit un mot, tu étais dans le coma et nous avons failli te perdre. Tu t'es levé et tu as dit "j'ai vu Dieu !" . Je n'aime pas quand ces choses arrivent, car cela me donne la chair de poule" ( dit-elle à une autre infirmière ) Plus tard je rencontrai le médecin ( une femme) et j'étais fâché qu'elle ne m'ait pas laissé mourir. Elle me dit : « C'est dommage, vous savez que je vous ai sauvé la vie ! »
 

Puis après je retournai chez-moi et s'ensuivirent d'autres rechutes et l'idée suicidaire réapparut dans mon esprit comme la seule solution possible à ce problème qui me semblait insoluble. Puis un soir d'été 1986 je me couchai comme à l'habitude mais sans avoir consommé depuis quelques jours. Je m'éveillai et me retournai et je me vis couché sur le ventre, dans le lit.  Je voyais la pièce de la même manière qu'à l'habitude et tout était réel, pas comme dans un rêve où tout est intangible, illogique, un peu flou. Ici tout était normal et je compris que j'étais sorti de mon corps.(...) Puis je me retournai et je regardai dans le coin de la pièce. Je vis apparaître un tout petit point de lumière mais NOIR ( si il vous est possible de concevoir l'idée  d'une lumière NOIRE ) et comme à l'hôpital ( de la même manière et selon le même principe) ce point s'agrandit jusqu'à devenir une petite masse, mélange de matière à l'apparence un peu visqueuse et d'un nuage gazeux.
Puis dans cette masse une forme imprécise un visage se dessina et plus je regardais cette chose se former plus un visage «humain» apparaissait jusqu'à ce que ce visage qui m'apparut fut LE MIEN. Ce visage «brillait» d ‘une lumière noire dont des rayons s'échappaient mais je sentais une énergie « négative» s'en dégager. Puis ce visage me dit : « VIENS AVEC MOI, NOUS ALLONS PLEURER ENSEMBLE POUR L'ÉTERNITÉ, NOUS POURRONS SOULAGER NOTRE SOUFFRANCE AINSI. (Je dois dire ici qu'aucune parole ne fut échangée et que j'exprime ici en mots ce qui se communiquait uniquement par la pensée durant cette expérience. Comme une idée « tout d'un bloc » qui entre dans votre pensée et qui «sans explications» nécessaires est comprise ainsi instantanément, de même pour envoyer la réponse).

Je sentais une énergie négative se dégageant de cette entité et je me méfiais d'elle, puis je sentais qu'elle voulait me «tromper». Elle voulait m'attirer à elle pour se soulager de sa propre souffrance ( que désire t-on le plus lorsque l'on est triste ? une personne pour «partager» cette tristesse ).Je sentais que si je disais "oui" à cette entité et que j'acceptais d'aller avec elle, c'est dans la mort que je décidais d'aller et que j'avais un choix à faire : DÉCIDER DE VIVRE OU  DE MOURIR.. Puis je vis comme un fleuve où "nageaien", où "flottaient" toutes sortes d'autres entités qui toutes souffraient, pleuraient. Toutes les pensées les plus bestiales, délirantes ou informes se matérialisaient et formaient un fleuve dans lequel baignaient ces âmes perdues. Mon Dieu, cela était intolérable, insupportable.
ET JE COMPRIS QUE LE SUICIDE N'EST PAS UNE «SOLUTION» CAR LORSQUE L'ON SE SUICIDE ON DEMEURE DANS LE MÊME ÉTAT QUE L'ON EST LORS DE SA MORT ET QUE L'ON EST, POUR UN TEMPS INDÉTERMINÉ ET DE DIEU SEUL CONNU, CONDAMNÉ À «ERRER» DANS CE BAS ASTRAL AVEC CES AUTRES ENTITÉS ET QUE NOTRE SOUFFRANCE DEVIENT AINSI PEUT-ÊTRE ÉTERNELLE ( AU BON VOULOIR DE DIEU LUI-MÊME). 
LE SUICIDE EST UN «PIÈGE» PUISQU'IL NE RÈGLE RIEN ET QUE MÊME IL EMPIRE LES CHOSES CAR CET ÉTAT DEVIENT PERPÉTUEL. LE SUICIDE EST LE PLUS GRAND PÉCHÉ CONTRE DIEU CAR C'EST RENIER LA VIE ELLE-MÊME ET RENIER DIEU LUI-MÊME !

Je compris tout cela et je crois que ce que j'ai vu pourrait être ce que l'on nomme «l'enfer » ! 
Et en mon âme et onscience je ne pus accepter cela et au fond de mon âmeje désirais vivre, alors je dis "non"à cette entité, et cela suffit à la repousser. Elle se dématérialisa et disparut dans son nuage noir et visqueux.

Alors une lumière venant du haut me pénétra par le haut de la tête et descendit en moi. A mesure qu'elle descendait, tout mon corps ( "astral" ) se détendait complètement et lorsque cette lumière atteignit le niveau du cœur, je sentis comme une explosion D'AMOUR PUR, INCONDITIONNEL, UN AMOUR CONCENTRÉ, et je me sentis baignant dans cet amour. Puis comme une main énorme venant d'en haut me pénétra par le haut de la tête et cette main se frayait un chemin parmi mes idées, mes émotions, mes sentiments, tassant des choses, en écartant d'autres, elle cherchait quelque chose de «précis». Je me sentais envahi par quelque chose de totalement inconnu, et j'étais totalement impuissant, alors j'ai eu peur et je me sentis comme un peu «violé» dans mon intimité non physique mais en mon âme et je demandai : «QUI ÊTES-VOUS « et une voix me répondit : « JE SUIS LE SAINT-ESPRIT, JE SUIS UNE FORCE D'AMOUR, JE CONTRÔLE TOUTES TES FONCTIONS ESSENTIELLES, TU N'A RIEN À CRAINDRE». Je sentais que cette force «fouillait» dans mon âme et je demandai alors : « QUE FAITES-VOUS ? « La voix me répondit : « JE VAIS T'ENLEVER TA SOUFFRANCE, TU N'EN AURAS PLUS BESOIN. Puis je sentis cette main saisir quelque chose en moi et le jeter au loin. La lumière disparut et je restai là, pantois, et après ce qui venait de se passer je pris peur ne sachant ce qui pourrait m'arriver encore. Le désir de réintégrer mon corps se fit impérieux et je cédai un peu à la panique. J'eus comme l'impression de «courir», de me "lancer"  dans mon corps, peu importe ce qui arriverait. Juste avant de réintégrer mon corps, j'étais comme à demi entre mon corps et à l'extérieur, je sentis à ce moment comme un déclic au niveau des reins et un craquement au niveau de la nuque et une main invisible me guidait dans mon corps. Mais je dus réintégrer mon corps beaucoup trop rapidement.

Je me retrouvai sur le ventre dans mon lit comme paralysé ( sans force pour me relever sur mes bras), ne sachant plus où j'étais, quel était mon nom ni qui j'étais. Je n'avais plus d'idées, puis mes forces me revinrent peu à peu et je pus me lever sur mes bras et me retourner sur le dos dans mon lit. Puis je sentis TOUTES mes idées comme contenues dans un «bloc» revenir en moi et ce fut comme si j'avais reçu un bloc de ciment sur la poitrine, le choc fut terrible. Puis peu à peu mes idées me revinrent ; j'étais «rempli» d'une énergie, d'une force tellement intense que j'aurais pu courir des milles pour la dépenser, mais physiquement mes forces m'en empêchaient et je dus me tenir après les murs pour aller m'asseoir sur une chaise. Tous mes membres tremblaient et intérieurement j'étais survolté d'une immense énergie tellement que je restai longtemps assis à attendre que cette énergie se dissipe. 
Je savais qu'il venait de se passer quelque chose qui dépassait ma compréhension et je dois dire que plus jamais je n'éprouvai le goût de consommer quelque drogue que ce soit après cela. Ce que la "main de Dieu" m'avait enlevé de l'âme, ma souffrance, était à jamais partie de moi. Cela changea ma vie entière et peu après je rencontrai l'âme soeur, cette femme que j'aime et qui est encore avec moi aujourd'hui, dont la rencontre des plus fortuites ne peut être que le dessein de Dieu.

Depuis maintenant 15 ans, je n'ai plus éprouvé le goût de consommer et j'ai compris que la «MISSION» qui m'était confiée était D'AIDER LES GENS QUI VIVENT COMME MOI L'ENFER DE LA DROGUE ET DE PARTAGER MON EXPÉRIENCE AFIN D'INFORMER SUR LA RÉALITÉ DU SUICIDE, LES GENS QUI CROIENT AVOIR TROUVÉ UNE SOLUTION À LEUR SOUFFRANCE DE CETTE FAÇON, ET AUSSI DE PROPAGER MON EXPÉRIENCE AFIN DE DIRE AUX GENS QUE DIEU EXISTE ET QUE LA MORT N'EST LA FIN DE RIEN, QUE QUELQUE CHOSE EXISTE AU-DELÀ DE LA MORT, QUE NOUS AVONS TOUS ET TOUTES UNE «MISSION» TRÈS IMPORTANTE À REMPLIR DANS CETTE VIE.

 





EMI